Compte rendu du colloque « Vices et criminalité dans l’histoire du Québec et du Canada »

Amélie Grenier, Caroline Robert, Martin Petitclerc et Donald Fyson, respectivement étudiantes- chercheuses et chercheurs au Centre d’histoire des régulations sociales organisaient les 4 et 5 mai dernier, à l’UQAM, un colloque intitulé « Vices et criminalité dans l’histoire du Québec et du Canada ». Ce colloque multidisciplinaire regroupait des chercheurs provenant de différents milieux académiques, dont celui de l’histoire, de la musicologie et de la littérature. L’évènement a reçu un bel appui de la communauté universitaire par la présence de nombreux étudiants et professeurs provenant de différentes universités.

Le colloque a permis de mettre à jour les nouvelles recherches sur les thématiques du vice, sujets développés davantage au cours des dernières années. Sous l’attention de l’invité d’honneur Marcel Martel, les communications présentées par la quinzaine de panélistes proposaient de se questionner sur les différents aspects du vice: sa définition, ses composantes, sa régulation, ses effets, etc. Le colloque était composé de quatre séances thématiques, étalées sur deux jours qui abordaient ces différents aspects.

Le premier panel du colloque portait sur les « discours du vice » et était sous la présidence de Martin Petitclerc, professeur à l’UQAM et directeur du CHRS.  Vanessa Blais-Tremblay, doctorante en musicologie à l’Université McGill, a présenté en ouverture une communication fort appréciée par l’assemblée et qui portait sur la culture entourant le jazz, lors de la période d’effervescence de cette musique à Montréal, dans « What Would You Tell Your Mother!? Vice and the Golden Age of Jazz in Montreal (1925-1955) ». Adoptant une approche dynamique, alliant présentation visuelle et sonore à la traditionnelle communication orale, la conférencière a démontré les dimensions racisée et genrée de cette culture musicale et corporelle. Suivait la présentation d’Amélie Grenier, candidate à la maîtrise en histoire à l’UQAM intitulée « La consommation et le trafic non-médical de dogue, un nouveau vice? La régulation des trafiquants et des consommateurs de drogues à Montréal durant les années 1920. », qui s’intéressait à la panique morale sur les drogues au début de la décennie et à son application policière. Virginie Pinneault, candidate au doctorat en histoire à l’Université de Montréal, développait, quant à elle, la notion de scandale, intrinsèquement liée aux enjeux touchants au « vice » dans sa communication nommée « Scandale et vice dans La Patrie; 1880-1910 ». Finalement, Coralie Jean, doctorante en langue et littérature française à l’Université McGill fermait ce premier panel du colloque avec une analyse des écrits de Jean-Jules Richard, dans une communication intitulée « Jean-Jules Richard, auteur de tous les vices ».

Les présentations se sont poursuivies le lendemain avec le second panel qui portait sur « la gestion du vice chez les jeunes », présidé par François Fenchel, professeur à l’École des sciences sociales de l’Université Laval et aussi chercheur au CHRS. Catherine Tremblay, candidate au doctorat en histoire à l’Université de Sherbrooke ouvrait la journée avec une communication intitulée « Réformer et protéger dans un tribunal punisseur : les mineurs à la Cour des Sessions de la Paix de Chicoutimi, 1950-1963 ». Thème qui s’est prolongé avec la présentation de Jules-Valéry Perras-Foisy, candidat à la maîtrise en histoire, à l’Université de Sherbrooke, intitulé « L’établissement d’une ‘nouvelle’ justice pour les mineurs entre 1950 et 1959 : les usages excessifs de la Cour de bien-être social ». Daniel Poitras, postdoctorant en histoire à l’Université de Toronto alimenta les débats lors de sa communication portant sur la censure dans les journaux étudiants universitaires intitulée « Moralité et pratiques de la censure à l’université : de la régulation à la contestation (1945-1965) ».

La journée s’est poursuivie avec le troisième panel qui portait sur « la régulation de la sexualité » et qui était présidé par Peter Gossage, professeur au département d’histoire de l’Université Concordia et nouveau chercheur au CHRS. Marie-Aimée Cliche, chercheure associée en histoire à l’UQAM a présenté « Un vice bien caché : l’inceste au Québec, 17e-20e siècles », communication qui a suscitée de nombreuses questions de la part de l’auditoire. Karen Herland, Mathieu Lapointe et Mary Anne Poutanen, respectivement professeure de la Faculté des arts et des sciences de l’Université Concordia, chercheur invité au Centre de recherches interdisciplinaires en études montréalaises de l’Université McGill et professeure affiliée en histoire à l’Université Concordia, proposaient une communication basée sur leurs recherches respectives en histoire de la prostitution montréalaise, où ils rappelaient la notion de choix chez les prostituées, dans « Des voix étouffées : le travail du sexe comme réalité et comme mythe social à Montréal, XIXe-XXIe siècles ». Caroline D’Amour, postdoctorante en histoire au Boston University, changeait quelque peu le registre en présentant « Les militaires au Québec pendant la Seconde Guerre mondiale : culture, genre et moralité », une communication fort intéressante en histoire militaire.

Finalement le colloque s’est clôt avec le quatrième panel qui portait sur la thématique de « l’alcool et la consommation » et qui était présidé par Anouk Bélanger, professeure au département de communication sociale et publique à l’UQAM. Jarrett Rudy, professeur en histoire à l’Université McGill, présentait une communication questionnant le rôle des historiens dans les procès reliés à des pratiques associées au vice, et qui s’intitulait « Tobacco Trials and the ‘Good Historian’ : The Chicken Soup Defence, Imperfect Evidence and the Challenges of the Historical Profession ». Mathieu Perron, doctorant en histoire à l’UQTR, quant à lui, étudiait la renégociation des espaces politiques dans  « Discours et pratiques : la régulation des tavernes, espaces semi-publics de divertissement et de consommation d’alcool, dans la Province de Québec et au Bas-Canada (1760-1832) ». Caroline Robert, candidate en histoire à l’UQAM, clôturait le colloque avec une présentation nommée « ‘’Ce vice est véritablement diabolique’’ : Les discours antialcooliques au tournant du XXe siècle québécois ». Dans celle-ci la conférencière présentait la construction identitaire de l’alcoolisme en lien avec le genre et la classe.

Il eut aussi une table ronde autour du livre de Marcel Martel, Une brève histoire du vice au Canada depuis 1500 (PUL, 2015) commenté par Donald Fyson et Ollivier Hubert. Cette discussion fut vive et marquée par l’importante participation de l’auditoire au débat. Un cocktail tenu le 4 mai soulignait  le lancement du nouveau site Internet du CHRS.

La qualité des présentations était sans équivoque et fut soulignée à plusieurs reprises par les membres de l’assistance. Il aura d’ailleurs une suite au projet avec la publication d’un dossier spécial dans le Bulletin d’histoire politique prochainement.