Entre hospices et manoirs de l’âge d’or : le bien vieillir au Québec, 1921, 1971

ORGANISME(S) SUBVENTIONNAIRE(S)

CRSH (savoir)

ANNÉES

En cours (2017-2021)

CHERCHEUR(S) CHRS

Dans le Québec du 20e siècle comme ailleurs en Occident, hospices, foyers et résidences du 3e âge sont de plus en plus dédiés à la vieillesse. Parallèlement, « bien vieillir » prend la force d’une injonction qui oriente les politiques publiques, façonne les pratiques des spécialistes, alimente un « marché de la vieillesse » et anime le mouvement du 3e âge. Elle résonne dans les établissements pour personnes âgées, modulant ou réfutant l’ancienne image des mouroirs pour vieilles et vieux démunis. C’est à cette transformation, fort peu documentée, que ce projet sera consacré.

La période considérée s’ouvre en 1921 sur la loi québécoise de l’Assistance publique qui stimule le développement des infrastructures d’hébergement. Elle englobe les décennies 1940, 1950 et 1960 alors que des « manoirs de l’âge d’or » à but lucratif ouvrent leurs portes. Au passage, elle embrasse la généralisation en Occident d’une vieillesse institutionnalisée. Elle se clôt enfin, au seuil des années 1970, sur les critiques de ce modèle qui favorisent plutôt les services à domicile et la mise à contribution des familles. L’ensemble saisit ainsi un demi-siècle durant lequel s’impose un modèle du bien vieillir en institution, une sorte d’âge d’or des établissements collectifs de la vieillesse qui décerne au Québec l’un des taux d’institutionnalisation les plus élevés au monde.

Ce projet propose d’offrir un éclairage historique sur des enjeux de l’heure tout en ouvrant de nouvelles pistes de recherche. Un premier objectif consiste à établir le portrait étonnamment méconnu des Québécois-es âgés qui vivent en institution de 1921 à 1971 et des établissements qui les hébergent. On peut avancer que ces populations réputées peu nombreuses, pauvres, âgées et majoritairement féminines au 19e siècle composent, après 1921, des clientèles plus importantes, plus aisées, plus jeunes, plus masculines, et donc plus variées. On peut aussi penser que les infrastructures d’hébergement se développent et se diversifient, à mesure que s’y affirme la possibilité de bien vieillir. Un deuxième objectif vise à vérifier l’instauration d’un consensus social autour de l’institutionnalisation de la vieillesse. L’analyse examinera comment les établissements pour personnes âgées deviennent un secteur d’intervention pour l’Église et l’État, un nouveau champ d’expertise pour plusieurs professionnels-les, un marché à développer pour des entrepreneurs-es, un objet de revendications pour les pensionnaires et les groupes du 3e âge, un objet de préoccupation sociale dont la presse écrite se fait l’écho. Un dernier objectif souhaite situer le cas québécois au sein d’évolutions qui ont, en fait, une portée internationale : l’institutionnalisation de la vieillesse se déploie à l’échelle occidentale, soulevant au Québec et ailleurs des enjeux à la fois similaires et distincts.

La démarche retenue tient compte du poids persistant au 20e siècle des logiques institutionnelles de domination et de dépersonnalisation, mais sans s’y limiter. Attentive aux différents acteurs impliqués, elle propose de donner voix aux résidants-es âgés eux-mêmes. Sans traiter les établissements comme des espaces clos, elle saisit leurs interactions avec un vaste ensemble d’intervenants. Enfin, elle postule que l’âge, le genre et l’appartenance sociale structurent tant l’institutionnalisation que le modèle du bien vieillir. La documentation comprend recensements, documents officiels, archives d’institutions, testaments de personnes âgées en faveur d’un établissement, presse, publications professionnelles et internationales, fonds du 3e âge. Campé au milieu d’un 20e siècle qui bouleverse les conceptions du vieillir, ce projet entend ainsi explorer une forme cruciale de prise en charge du vieil âge : son institutionnalisation.