{"id":8554,"date":"2020-11-10T10:06:27","date_gmt":"2020-11-10T14:06:27","guid":{"rendered":"https:\/\/chrs.dev.uqam.ca\/?p=8554"},"modified":"2022-11-15T14:36:05","modified_gmt":"2022-11-15T18:36:05","slug":"les-inegalites-de-richesse-et-le-racisme-au-canada","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/2020\/11\/10\/les-inegalites-de-richesse-et-le-racisme-au-canada\/","title":{"rendered":"Les in\u00e9galit\u00e9s de richesse et le racisme au Canada"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-very-light-gray-background-color has-background wp-block-paragraph\"><em>Dans ce texte, Robert Sweeny pr\u00e9sente les donn\u00e9es sur les in\u00e9galit\u00e9s de richesse publi\u00e9es r\u00e9cemment par le Directeur parlementaire du budget du Canada. Il en d\u00e9gage des r\u00e9flexions sur la longue histoire des in\u00e9galit\u00e9s de richesse et du racisme dans la soci\u00e9t\u00e9 canadienne. Laur\u00e9at du prix du Gouverneur-G\u00e9n\u00e9ral pour son livre <\/em>Why Did We Choose to Industrialize? <em>(MQUP, 2015) Robert Sweeny a cofond\u00e9 le <\/em>Montreal Business History Project<em> et travaille depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es dans le cadre du projet Montr\u00e9al, l\u2019avenir du pass\u00e9. Professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Memorial de 1989 \u00e0 2017, il a d\u00e9velopp\u00e9 le premier cours de premier cycle universitaire au Canada consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire des in\u00e9galit\u00e9s. Il est professeur \u00e9m\u00e9rite de Memorial et, depuis 2017, professeur associ\u00e9 au d\u00e9partement d\u2019histoire de l\u2019UQAM. En 2019, avec \u00c9lizabeth-Anne Malischewski, il a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al pour y vivre de nouveau.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article est la traduction d\u2019un texte original publi\u00e9 sur le site Rabble.ca : <a href=\"https:\/\/rabble.ca\/blogs\/bloggers\/views-expressed\/2020\/07\/canadas-economic-and-racial-inequities-are-more-stark-ever\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"https:\/\/rabble.ca\/blogs\/bloggers\/views-expressed\/2020\/07\/canadas-economic-and-racial-inequities-are-more-stark-ever (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">https:\/\/rabble.ca\/blogs\/bloggers\/views-expressed\/2020\/07\/canadas-economic-and-racial-inequities-are-more-stark-ever<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les in\u00e9galit\u00e9s de richesse et le racisme au Canada<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 17 juin 2020, le Directeur parlementaire du budget (DPB) a publi\u00e9 un rapport technique <a href=\"#note\"><sup>1<\/sup><\/a> r\u00e9visant substantiellement les estimations de ce que la richesse signifie au Canada. Il r\u00e9v\u00e8le que le premier 1 % des plus fortun\u00e9s de la population poss\u00e8de un quart de toutes les richesses du pays et que le premier 10% en d\u00e9tient plus de la moiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces r\u00e9sultats poussent le Canada du milieu du peloton d\u2019in\u00e9galit\u00e9 de l\u2019OCDE jusqu\u2019au quatri\u00e8me rang des pays capitalistes avanc\u00e9s, soit loin derri\u00e8re les \u00c9tats-Unis et presque \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les Pays-Bas et l\u2019Allemagne. Dans une comp\u00e9tition \u00e0 laquelle nous ne devrions jamais vouloir participer, nous sommes maintenant des aspirants \u00e0 une m\u00e9daille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>D\u2019o\u00f9 viennent ces nouvelles donn\u00e9es\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour mesurer l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des revenus, les gouvernements peuvent consulter les donn\u00e9es fiscales. \u00c9valuer la richesse n\u2019est toutefois pas aussi simple.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Statistique Canada m\u00e8ne aux trois ans une enqu\u00eate sur la s\u00e9curit\u00e9 financi\u00e8re (ESF). En 2016, un \u00e9chantillon \u00ab\u2009repr\u00e9sentatif\u2009\u00bb de 12 000 familles a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 sur leurs actifs et passifs. Moins de trois quarts des m\u00e9nages consult\u00e9s ont r\u00e9pondu, laissant planer un certain doute quant \u00e0 la repr\u00e9sentativit\u00e9 de l\u2019\u00e9chantillon. D\u2019autant plus que, conform\u00e9ment aux tendances observ\u00e9es ailleurs, les familles canadiennes les plus riches ont simplement refus\u00e9 de participer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce refus posait probl\u00e8me lorsque le DPB a \u00e9t\u00e9 mandat\u00e9 d\u2019\u00e9valuer la proposition du NPD concernant une taxe sur la fortune. Puisqu\u2019il \u00e9tait incapable de fournir une \u00e9valuation ad\u00e9quate \u00e0 partir de l\u2019ESF, le DPB a d\u00e9cid\u00e9 de faire sa propre analyse de la richesse canadienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le DPB a eu recours \u00e0 une m\u00e9thode utilis\u00e9e ailleurs. Son \u00e9quipe a consult\u00e9 la liste du Canadian Business des 100 familles les plus riches du pays, puis a li\u00e9 ces personnes ultras riches \u00e0 celles repr\u00e9sent\u00e9es dans l\u2019EFS en cr\u00e9ant une base de donn\u00e9es \u00ab\u2009synth\u00e9tique\u2009\u00bb de 16 000 familles canadiennes. En faisant cela, le DPB s\u2019est appuy\u00e9 sur le mod\u00e8le de distribution Pareto, selon lequel le premier cinqui\u00e8me d\u2019une population d\u00e9tient les quatre cinqui\u00e8mes de la richesse, puis sur les bilans nationaux (BN), qui rapportent les valeurs de tous les diff\u00e9rents actifs et passifs au Canada.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour faire le pont entre les donn\u00e9es de 2016 et la situation en 2019, le DPB a pr\u00e9sum\u00e9 que les taux de croissance de ces valeurs et de la population ont \u00e9t\u00e9 identiques. Ainsi, malgr\u00e9 l\u2019essor assez spectaculaire du march\u00e9 boursier et l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un million de nouveaux r\u00e9sidents et nouvelles r\u00e9sidentes, le DPB a suppos\u00e9 que l\u2019\u00e9cart entre riche et pauvre serait rest\u00e9 constant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, afin d\u2019harmoniser les donn\u00e9es de l\u2019enqu\u00eate avec les bilans nationaux (BN), le DPB a soustrait 435 $ milliards d\u2019actifs financiers et 845 $ milliards d\u2019actifs non financiers, puis ajout\u00e9 294 $ milliards en passifs. Cette op\u00e9ration d\u2019harmonisation sugg\u00e8re que le DPB a sous-estim\u00e9 la richesse au plus haut sommet de la soci\u00e9t\u00e9 canadienne, d\u2019autant plus qu\u2019il n\u2019a fait aucune tentative pour comptabiliser les actifs d\u00e9tenus dans les paradis fiscaux \u00e0 l\u2019abri de l\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quelles sont les nouvelles estimations\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La distribution de la richesse selon le DPB diff\u00e8re consid\u00e9rablement de ce qui en a \u00e9t\u00e9 longtemps dit. Non seulement la richesse d\u00e9tenue par le 1 % le plus riche a presque doubl\u00e9, mais ces quelque 170 000 familles d\u00e9tiennent maintenant une valeur nette sup\u00e9rieure \u00e0 celle des 6,1 millions de familles situ\u00e9es entre les 40e et 80e centiles de l\u2019\u00e9chelle de distribution des fortunes. Cette population interm\u00e9diaire \u00e9tait nagu\u00e8re cr\u00e9dit\u00e9e de pr\u00e8s d\u2019un tiers de la richesse nette du pays\u2009; le DPB r\u00e9v\u00e8le qu\u2019elle n\u2019en d\u00e9tient maintenant plus que le quart.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si on exclut le premier 1% des ultras riches, la r\u00e9vision \u00e0 la baisse des richesses d\u00e9tenues est de plus en plus importante \u00e0 mesure que l\u2019on descend dans l\u2019\u00e9chelle sociale. C\u2019est toutefois chez les 40% au bas de l\u2019\u00e9chelle que les pertes sont massives; ces familles ne d\u00e9tiennent plus que la moiti\u00e9 de ce qu\u2019on lui reconnaissait autrefois.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter is-resized\"><a href=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/graphique-1-e1605016651478.png\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/graphique-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-8560\" width=\"692\" height=\"414\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la premi\u00e8re fois, les estimations du DPB nous permettent de constater la grande disparit\u00e9 des richesses au sein de la population du premier centile. Chacune des 1 600 familles les plus fortun\u00e9es de ce groupe ultra privil\u00e9gi\u00e9 \u2014 soit 0,01 % de la population totale \u2014 poss\u00e8de une richesse nette moyenne de 408,7 millions de dollars. Les 79 800 familles composant la moiti\u00e9 inf\u00e9rieure de ce groupe doivent plut\u00f4t s\u2019en sortir dans la vie avec, en moyenne, 7,5 millions de dollars.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><a href=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/grapgique-2.png\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/grapgique-2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-8562\" width=\"655\" height=\"397\" srcset=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/grapgique-2.png 655w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/grapgique-2-300x182.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 655px) 100vw, 655px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9cart entre la population se retrouvant tout en haut de l\u2019\u00e9chelle et celle des 6,1 millions de familles se retrouvant dans le dernier 40 % de l\u2019\u00e9chelon est tout simplement trop grand pour \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 dans un graphique. En fait, il est si large qu\u2019il est difficile de le concevoir. Pour reprendre les termes de Phil Ochs, la distance entre les deux groupes est \u00ab\u2009si grande que seul l\u2019argent peut le mesurer\u2009\u00bb (it\u2019s a distance only money can measure). En moyenne, pour chaque dollar d\u00e9tenu par les familles du dernier 40 %, les 1 600 familles du premier 0,01 % poss\u00e8dent 20 046,59 $. Ce gouffre socio-\u00e9conomique explique pourquoi nous pouvons avoir un ministre des Finances qui \u00ab\u2009oublie\u2009\u00bb qu\u2019il poss\u00e8de un ch\u00e2teau en France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pourquoi en sommes-nous rendus l\u00e0\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2015, les lib\u00e9raux de Trudeau ont promis le retour d\u2019un gouvernement qui prendrait ses d\u00e9cisions en se fondant sur des donn\u00e9es probantes. R\u00e9volue \u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le gouvernement pouvait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment bricoler les donn\u00e9es de Statistique Canada selon sa volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9ponse \u00e0 des d\u00e9cennies d\u2019inqui\u00e9tude face \u00e0 l\u2019augmentation des in\u00e9galit\u00e9s, les lib\u00e9raux ont promis de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de la classe moyenne et d\u2019aider ceux et celles qui n\u2019en faisaient pas partie \u00e0 se hisser jusqu\u2019\u00e0 elle. Cependant, le gouvernement lib\u00e9ral n\u2019a jamais confi\u00e9 \u00e0 Statistique Canada le mandat d\u2019\u00e9valuer les in\u00e9galit\u00e9s de richesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cinq ans plus tard, on d\u00e9couvre que la situation de la majorit\u00e9 des Canadiens et Canadiennes s\u2019est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e consid\u00e9rablement. Les in\u00e9galit\u00e9s atteignent un niveau record. Dans ce contexte, chapeau au DPB pour son rapport. Je suis certain qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 plus facile et certainement plus sage politiquement de ne rien faire, car son travail r\u00e9v\u00e8le des enjeux de pouvoir insoup\u00e7onn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 2020, des centaines de milliers de Canadiens et de Canadiennes ont protest\u00e9 dans la rue contre le racisme syst\u00e9mique. Ce mouvement sans pr\u00e9c\u00e9dent pour la justice sociale s\u2019est attaqu\u00e9 au complexe r\u00e9seau d\u2019in\u00e9galit\u00e9s qui caract\u00e9rise la soci\u00e9t\u00e9 canadienne. Pourquoi, 187 ans apr\u00e8s l\u2019abolition de l\u2019esclavage, le racisme est-il si profond\u00e9ment enracin\u00e9 au Canada\u2009? Ma r\u00e9ponse courte, en tant qu\u2019historien, est qu\u2019\u00e0 partir du milieu du XIXe si\u00e8cle, la soci\u00e9t\u00e9 de colonisation blanche a consolid\u00e9 et a \u00e9tendu des formes d\u00e9j\u00e0 existantes de racisme au fur et \u00e0 mesure que de nouvelles formes d\u2019in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques, de genre, d\u2019ethnicit\u00e9 et nationales se d\u00e9veloppaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces nouvelles formes d\u2019in\u00e9galit\u00e9s doivent beaucoup \u00e0 trois grandes politiques \u00e9conomiques structurantes du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral : la politique nationale (1879-1933), la strat\u00e9gie d\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique de l\u2019espace nord-am\u00e9ricain (1939-1976) et la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale (1980 \u00e0 nos jours). Chacune de ces trois grandes politiques a favoris\u00e9 l\u2019accumulation de richesses par certains groupes sociaux et dans des r\u00e9gions sp\u00e9cifiques au d\u00e9triment du reste de la population.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La politique nationale, avec la construction d\u2019un chemin de fer transcontinental et la colonisation des Prairies, financ\u00e9e par des tarifs protecteurs favorisant l\u2019industrie manufacturi\u00e8re du Canada central, est bien connue. Sa pierre angulaire l\u2019est beaucoup moins : la d\u00e9possession \u00e0 grande \u00e9chelle des peuples indig\u00e8nes de l\u2019Ouest canadien par l\u2019imposition de trait\u00e9s in\u00e9gaux et l\u2019application de la Loi sur les Indiens dans l\u2019ensemble du pays. Les pensionnats suivront.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce premier r\u00e9gime d\u2019apartheid de l\u2019Empire britannique a \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 d\u2019une politique d\u2019immigration raciste fermant les portes aux personnes de couleur jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1960. L\u2019autre \u00ab\u2009r\u00e9alisation\u2009\u00bb historique de la politique nationale, avec laquelle on vit toujours, est notre march\u00e9 hyperconcentr\u00e9 des capitaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que le Canada se pr\u00e9parait pour la Seconde Guerre mondiale, le vieux r\u00eave lib\u00e9ral de l\u2019int\u00e9gration du march\u00e9 nord-am\u00e9ricain devenait possible. Sa pi\u00e8ce ma\u00eetresse a \u00e9t\u00e9 le pacte de l\u2019automobile, garantissant la plus importante part du g\u00e2teau au secteur manufacturier ontarien durant la p\u00e9riode d\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais les fondements de cette int\u00e9gration se trouvaient ailleurs : dans le financement de l\u2019exploitation mini\u00e8re des ressources du Nord canadien par les firmes de Toronto et dans la mise en place, en \u00e9change de la reconnaissance du droit syndical \u00e0 la n\u00e9gociation collective, d\u2019un r\u00e9gime d\u2019imp\u00f4t national. Cons\u00e9quemment, Toronto est toujours le principal march\u00e9 boursier mondial pour l\u2019\u00e9mission de titres du secteur minier, alors que les $2,4 milliers de milliards en fonds de pension constituent l\u2019actif le plus important des travailleurs et des travailleuses syndiqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Canada a \u00e9t\u00e9 parmi les premiers pays \u00e0 approuver le \u00ab\u2009consensus de Washington\u2009\u00bb sur la privatisation, le libre-\u00e9change et la production mondialis\u00e9e \u00ab\u2009juste \u00e0 temps\u2009\u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement l\u2019un des premiers \u00e0 prendre le grand virage vers l\u2019\u00e9conomie des services. Toutefois, les pressions ext\u00e9rieures n\u2019expliquent pas ces changements. Ces derniers ont suivi de tr\u00e8s pr\u00e8s les recommandations des deux grandes commissions royales sur la concentration des entreprises (1975) et l\u2019avenir \u00e9conomique du pays (1982) cr\u00e9\u00e9es par le premier ministre Pierre E. Trudeau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019exploitation \u00e0 grande \u00e9chelle des sables bitumineux et la pr\u00e9sence internationale accrue des compagnies mini\u00e8res canadiennes nous rappellent que la destruction \u00e9cologique a \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur des trois grandes politiques mises en place par le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral depuis 1879. La nouveaut\u00e9 r\u00e9side dans le financement de cette destruction \u00e9cologique : une aust\u00e9rit\u00e9 fiscale caract\u00e9ris\u00e9e par la diminution des imp\u00f4ts d\u00e9j\u00e0 faibles des corporations, la r\u00e9duction de la progressivit\u00e9 de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu et le transfert des charges fiscales vers les taxes \u00e0 la consommation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au milieu des ann\u00e9es 1990, cette aust\u00e9rit\u00e9 \u00ab\u2009fabriqu\u00e9e au Canada\u2009\u00bb a justifi\u00e9 la r\u00e9duction d\u2019un tiers des d\u00e9penses en sant\u00e9 et en \u00e9ducation par le gouvernement Chr\u00e9tien\/Martin. Cette politique a cr\u00e9\u00e9 en bonne partie les conditions pour que 85 % des d\u00e9c\u00e8s caus\u00e9s par la COVID-19 soient survenus dans des \u00e9tablissements de soins de longue dur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au moment o\u00f9 cette politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait planifi\u00e9e \u00e0 Ottawa, l\u2019analyse du recensement de 1981 avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 que la pauvret\u00e9 \u00e9tait fortement genr\u00e9e et de plus en plus racialis\u00e9e au Canada. Le refus du gouvernement canadien de s\u2019attaquer \u00e0 ces in\u00e9galit\u00e9s a pr\u00e9par\u00e9 les conditions pour la fleuraison spectaculaire des in\u00e9galit\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2016, le premier recensement post-Harper a confirm\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 cruelle de multiculturalisme canadien. \u00c0 l\u2019exception de la population des Filipinos, au sein de laquelle on retrouve de nombreuses migrantes \u00e9conomiques, toutes les importantes minorit\u00e9s visibles au Canada sont deux \u00e0 trois fois plus susceptibles de vivre dans la pauvret\u00e9 que les blancs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Heureusement pour le Parti lib\u00e9ral f\u00e9d\u00e9ral, l\u2019interm\u00e8de du gouvernement Harper a eu pour cons\u00e9quence de camoufler la remarquable continuit\u00e9, au cours des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es, des choix politiques de la direction du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout en amplifiant les in\u00e9galit\u00e9s ant\u00e9rieures, ces choix en ont cr\u00e9\u00e9 d\u2019autres qui nous ont \u00e9loign\u00e9s de plus en plus d\u2019une \u00ab\u2009soci\u00e9t\u00e9 juste\u2009\u00bb. Gr\u00e2ce au DPB, nous connaissons maintenant au nom de qui le gouvernement a travaill\u00e9 durant toutes ces ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Robert Sweeny<br>Traduction de V\u00e9ronika Brandl-Mouton et Milan Busic<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a name=\"note\">1<\/a> Pour consulter le rapport, <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"https:\/\/www.pbo-dpb.gc.ca\/web\/default\/files\/Documents\/Reports\/RP-2021-007-S\/RP-2021-007-S_fr.pdf (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.pbo-dpb.gc.ca\/web\/default\/files\/Documents\/Reports\/RP-2021-007-S\/RP-2021-007-S_fr.pdf\" target=\"_blank\">https:\/\/www.pbo-dpb.gc.ca\/web\/default\/files\/Documents\/Reports\/RP-2021-007-S\/RP-2021-007-S_fr.pdf<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ce texte, Robert Sweeny pr\u00e9sente les donn\u00e9es sur les in\u00e9galit\u00e9s de richesse publi\u00e9es r\u00e9cemment par le Directeur parlementaire du budget du Canada. 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