{"id":7355,"date":"2020-06-23T11:02:29","date_gmt":"2020-06-23T15:02:29","guid":{"rendered":"https:\/\/chrs.dev.uqam.ca\/?p=7355"},"modified":"2020-06-23T11:03:13","modified_gmt":"2020-06-23T15:03:13","slug":"entretien-avec-jennie-skene-au-sujet-de-la-greve-des-infirmieres-1999","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/2020\/06\/23\/entretien-avec-jennie-skene-au-sujet-de-la-greve-des-infirmieres-1999\/","title":{"rendered":"Entretien avec Jennie Skene au sujet de la gr\u00e8ve des infirmi\u00e8res (1999)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/numerique.banq.qc.ca\/patrimoine\/details\/52327\/2188347?docsearchtext=gr%C3%A8ve%20des%20infirmi%C3%A8res%20jennie%20skene\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7356 alignright\" src=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Jennie-Skene-article-la-presse.png\" alt=\"\" width=\"356\" height=\"263\" srcset=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Jennie-Skene-article-la-presse.png 951w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Jennie-Skene-article-la-presse-300x222.png 300w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Jennie-Skene-article-la-presse-768x568.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 356px) 100vw, 356px\" \/><\/a><em>Infirmi\u00e8re de formation, Jennie Skene est impliqu\u00e9e dans le mouvement syndical depuis 1975. Elle milite d\u2019abord au sein de la F\u00e9d\u00e9ration des Syndicats professionnels des infirmiers et infirmi\u00e8res du Qu\u00e9bec (SPIIQ). En 1987, Mme Skene contribue \u00e0 l\u2019unification des syndicats infirmiers qu\u00e9b\u00e9cois au sein de la F\u00e9d\u00e9ration des infirmiers et infirmi\u00e8res du Qu\u00e9bec (FIIQ). \u00c9lue \u00e0 la pr\u00e9sidence de la FIIQ en 1993, elle occupe ce poste pendant 11 ans. Dans cet entretien accord\u00e9 en 2013 \u00e0 Martin Petitclerc et Martin Robert, Jennie Skene partage son exp\u00e9rience lors de la gr\u00e8ve de la FIIQ, en 1999.<\/em><\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Cet entretien a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 dans le cadre d\u2019une recherche sur <a href=\"https:\/\/flipbook.cantook.net\/?d=%2F%2Fwww.entrepotnumerique.com%2Fflipbook%2Fpublications%2F62509.js&amp;oid=154&amp;c=&amp;m=&amp;l=fr&amp;r=https:\/\/www.luxediteur.com&amp;f=pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\" (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">l\u2019histoire des lois sp\u00e9ciales au Qu\u00e9bec<\/a> men\u00e9e en collaboration avec le Service aux collectivit\u00e9s de l\u2019UQAM. Sandrine Labelle a adapt\u00e9 et r\u00e9dig\u00e9 cette version abr\u00e9g\u00e9e de l\u2019entrevue.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Martin Robert : Vous \u00e9tiez \u00e0 la t\u00eate de la FIIQ durant les ann\u00e9es 1990, alors que le gouvernement du Qu\u00e9bec mettait en place une s\u00e9rie de r\u00e9formes qui ont consid\u00e9rablement transform\u00e9 l\u2019organisation du r\u00e9seau de la sant\u00e9. Pouvez-vous nous parler bri\u00e8vement de ces r\u00e9formes ? Quels impacts ont-elles eus sur les infirmi\u00e8res du r\u00e9seau ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1994 et 1995, le gouvernement a forc\u00e9 la fusion de plusieurs \u00e9tablissements dans les grandes villes. Sept h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 Montr\u00e9al, et trois \u00e0 Qu\u00e9bec, ont ferm\u00e9. Le syndicat a travaill\u00e9 tr\u00e8s fort pour s\u2019assurer que les infirmi\u00e8res soient relocalis\u00e9es dans d\u2019autres \u00e9tablissements. La plupart d\u2019entre elles se sont retrouv\u00e9es du jour au lendemain dans un nouveau milieu, o\u00f9 elles n\u2019exer\u00e7aient plus leur sp\u00e9cialit\u00e9 et ne connaissaient plus personne&#8230; Je me rappelle d\u2019infirmi\u00e8res qui travaillaient en obst\u00e9trique depuis plus de 25 ans et qui \u00e9taient hyper comp\u00e9tentes dans leur domaine. Elles ont \u00e9t\u00e9 relocalis\u00e9es dans un centre d\u2019accueil, ou dans une unit\u00e9 de chirurgie cardiaque et me disaient : \u00ab On ne sait pas ce qu\u2019on va faire l\u00e0-bas, on n\u2019a pas les comp\u00e9tences ! \u00bb L\u2019h\u00f4pital qui les accueillait n\u2019avait aucune obligation de les former en arrivant, ou de leur donner une p\u00e9riode d\u2019acclimatation. Pour ne rien arranger, les infirmi\u00e8res qui travaillaient d\u00e9j\u00e0 dans ces \u00e9tablissements \u00e9taient en beau calvaire ! Elles avaient l\u2019impression de se faire voler leurs postes par les infirmi\u00e8res relocalis\u00e9es. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode extr\u00eamement difficile. Beaucoup d\u2019infirmi\u00e8res ont fait des d\u00e9pressions ou des <em>burn-out<\/em>, et sont parties en cong\u00e9 de maladie. Le monde tombait comme des mouches\u2026 C\u2019\u00e9tait l\u2019enfer !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au m\u00eame moment, le gouvernement a voulu couper dans les masses salariales. Jacques L\u00e9onard, qui \u00e9tait pr\u00e9sident du Conseil du Tr\u00e9sor, voulait atteindre le d\u00e9ficit z\u00e9ro. Pour atteindre son objectif, il a calcul\u00e9 qu\u2019il fallait que 15 000 employ\u00e9s de la fonction publique quittent sans \u00eatre remplac\u00e9s. Il a eu l\u2019id\u00e9e d\u2019augmenter le nombre de d\u00e9parts \u00e0 la retraite. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019\u00e2ge pour la retraite \u00e9tait de 62 ans. Les organisations syndicales ont propos\u00e9 de la descendre \u00e0 55 ans. Nous avions calcul\u00e9 que ce serait suffisant pour faire partir 15 000 personnes. Le gouvernement a eu peur que ce ne soit pas suffisant. Dans l\u2019entente sign\u00e9e en 1997, c\u2019est finalement le personnel qui avait 50 ans et plus qui pouvait partir \u00e0 la retraite. Le gouvernement a utilis\u00e9 les surplus de nos r\u00e9gimes de retraite pour payer les rentes de ces nouveaux retrait\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a eu 33 000 d\u00e9parts \u00e0 la retraite, dont beaucoup d\u2019infirmi\u00e8res. \u00c7a n\u2019avait plus aucune commune mesure avec les besoins financiers du gouvernement ! Mais \u00e0 partir du moment o\u00f9 la porte \u00e9tait ouverte, il \u00e9tait impossible de la refermer. Les infirmi\u00e8res venaient de vivre les relocalisations et subissaient les cons\u00e9quences des compressions budg\u00e9taires. Elles en avaient plein leur casque ! Tous les moyens ont \u00e9t\u00e9 bons pour partir. \u00c7a a vid\u00e9 les \u00e9tablissements d\u2019un coup. Ce n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile de les remplacer, car il n\u2019y avait personne \u00e0 embaucher ! Le gouvernement avait aussi fait des coupures budg\u00e9taires dans le secteur de l\u2019\u00e9ducation. Il avait diminu\u00e9 le nombre d\u2019admissions dans les programmes de soins infirmiers dans les c\u00e9geps et les universit\u00e9s. Mille infirmi\u00e8res graduaient par ann\u00e9e alors qu\u2019il en aurait fallu 3000 pour r\u00e9pondre aux besoins de personnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019impact a \u00e9t\u00e9 catastrophique pour celles qui sont rest\u00e9es. Le fardeau des t\u00e2ches est devenu de plus en plus lourd. Les infirmi\u00e8res se faisaient imposer de plus en plus d\u2019heures suppl\u00e9mentaires obligatoires. Elles \u00e9taient forc\u00e9es de rester au travail tant qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient pas remplac\u00e9es. Les infirmi\u00e8res disaient : \u00ab s\u2019il n\u2019y a personne pour prendre ma place, est-ce que je vais passer trois semaines \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout cela est important, parce qu\u2019il s\u2019agit des pr\u00e9mices de la gr\u00e8ve de 1999. Lorsque nous sommes arriv\u00e9es \u00e0 la table de n\u00e9gociations, en 1998, la col\u00e8re grondait d\u00e9j\u00e0 depuis longtemps dans nos rangs. Parce que nous \u00e9tions une profession traditionnellement f\u00e9minine, on nous laissait dans des situations invivables qui n\u2019auraient jamais \u00e9t\u00e9 tol\u00e9r\u00e9es dans des corps de m\u00e9tiers masculins. Ce probl\u00e8me prend racine dans l\u2019histoire de la profession. Jusque dans les ann\u00e9es 1960, les \u00e9tablissements de sant\u00e9 appartenaient aux communaut\u00e9s religieuses. Comme notre travail a longtemps \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 par des bonnes s\u0153urs, l\u2019id\u00e9e que les infirmi\u00e8res avaient la vocation \u00e9tait tr\u00e8s fortement ancr\u00e9e. On les exploitait mieux comme \u00e7a. Les infirmi\u00e8res n\u2019avaient pas besoin de bonnes conditions de travail, parce qu\u2019elles avaient la vocation. J\u2019ai toujours combattu cette id\u00e9e : je suis une professionnelle, j\u2019aime mon travail, mais je n\u2019ai pas la vocation. Vocation, \u00e7a rime avec exploitation !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Martin Petitclerc : Lorsque la FIIQ entame la n\u00e9gociation de sa convention collective en 1998, l\u2019enjeu principal \u00e9tait donc l\u2019organisation du travail au sein du r\u00e9seau de la sant\u00e9. Quelles \u00e9taient les principales revendications de la f\u00e9d\u00e9ration ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nos revendications touchaient principalement la reconnaissance des fardeaux des t\u00e2ches et l\u2019octroi des postes. L\u2019aspect salarial n\u2019\u00e9tait pas un \u00e9l\u00e9ment central de nos demandes : il se retrouvait \u00e0 la toute fin de notre liste de revendications. Notre priorit\u00e9 \u00e9tait la conversion des heures donn\u00e9es aux infirmi\u00e8res TPO [temps partiel occasionnel] en postes \u00e0 temps plein. Nos patrons pr\u00e9f\u00e9raient fonctionner avec des employ\u00e9es sur appel, ce qui leur permettait de r\u00e9duire le nombre d\u2019infirmi\u00e8res lorsque les h\u00f4pitaux \u00e9taient moins achaland\u00e9s. Le gouvernement croyait ainsi \u00e9conomiser sur les salaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par contre, il&nbsp;n\u2019y&nbsp;a pas&nbsp;eu&nbsp;de r\u00e9flexion&nbsp;sur les cons\u00e9quences de cette pratique.&nbsp;Les urgences se remplissaient&nbsp;souvent&nbsp;rapidement et, comme&nbsp;il y avait peu d\u2019employ\u00e9es, le personnel \u00e9tait d\u00e9bord\u00e9.&nbsp;En plus, cette mani\u00e8re de proc\u00e9der d\u00e9savantageait les infirmi\u00e8res \u00e0 temps plein. Les&nbsp;infirmi\u00e8res&nbsp;TPO g\u00e9raient leur horaire. Elles pouvaient prendre&nbsp;les meilleurs quarts de travail et ne pas&nbsp;r\u00e9pondre&nbsp;au t\u00e9l\u00e9phone lorsqu\u2019elles ne voulaient pas travailler. Celles qui avaient des postes \u00e0&nbsp;temps complet devaient&nbsp;travailler toutes les fins de semaine parce que, souvent,&nbsp;les&nbsp;infirmi\u00e8res&nbsp;TPO n\u2019\u00e9taient&nbsp;pas&nbsp;disponibles.&nbsp; Pour r\u00e9soudre&nbsp;ces probl\u00e8mes,&nbsp;nous demandions de r\u00e9duire le recours au TPO et de miser sur la cr\u00e9ation de postes&nbsp;\u00e0 temps plein. Il y avait beaucoup d\u2019infirmi\u00e8res qui travaillaient 40 heures semaines en TPO, alors pourquoi ne&nbsp;pas cr\u00e9er des postes&nbsp;\u00e0 temps complet&nbsp;? Nous voulions organiser le travail de mani\u00e8re plus \u00e9quitable, et revaloriser les postes \u00e0 temps plein.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MR\u202f: Comment les n\u00e9gociations se sont-elles d\u00e9roul\u00e9es\u202f?&nbsp;<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La FIIQ&nbsp;a&nbsp;exerc\u00e9&nbsp;des moyens de pression au printemps 1998&nbsp;pour tenter de faire bouger les choses.&nbsp;Elle&nbsp;a donn\u00e9 le mot d\u2019ordre aux employ\u00e9es sur appel de donner un minimum de disponibilit\u00e9s. Leur contrat les obligeait \u00e0 donner un minimum de deux jours de disponibilit\u00e9s par semaine. Nous leur&nbsp;avons recommand\u00e9&nbsp;de ne pas travailler plus que cela. Le syndicat compensait financi\u00e8rement les journ\u00e9es de travail&nbsp;perdues. Le tout&nbsp;a \u00e9t\u00e9&nbsp;g\u00e9r\u00e9 localement dans les h\u00f4pitaux. Les infirmi\u00e8res apportaient \u00e0 leur local syndical la preuve qu\u2019elles avaient refus\u00e9 un quart de travail, et la FIIQ les d\u00e9dommageait. Nous pr\u00e9levions une cotisation sp\u00e9ciale \u00e0 nos membres pour financer le tout. Nous avons appliqu\u00e9 ce moyen de pression&nbsp;durant&nbsp;une dizaine de jours.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 22 juin 1998, la FIIQ a \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9e devant le Conseil des services essentiels. Pierre Marois, le pr\u00e9sident du Conseil \u00e0 cette \u00e9poque, nous a dit que notre action s\u2019apparentait \u00e0 une gr\u00e8ve. Nous avions l\u2019obligation de dispenser les services pr\u00e9vus. La FIIQ a obtemp\u00e9r\u00e9 et a cess\u00e9 d\u2019utiliser ce moyen de pression. Nous \u00e9tions au tout d\u00e9but des n\u00e9gociations. Nous avons&nbsp;jug\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait&nbsp;encore&nbsp;trop t\u00f4t pour commencer \u00e0 d\u00e9fier les ordonnances. Par contre, la FIIQ a profit\u00e9 de sa pr\u00e9sence devant le Conseil des services essentiels pour brosser un tableau de la situation dans les h\u00f4pitaux. Pendant trois jours, nous avons parl\u00e9, chiffres \u00e0 l\u2019appui, des probl\u00e8mes d\u2019organisation du travail, de non-remplacements des infirmi\u00e8res qui quittaient le r\u00e9seau, du&nbsp;temps suppl\u00e9mentaire obligatoire, de&nbsp;<em>burn-out<\/em>\u2026 la liste \u00e9tait&nbsp;longue !&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, le Conseil ne s\u2019est pas content\u00e9 de nous ordonner de rentrer au travail. Il a \u00e9galement&nbsp;ordonn\u00e9 \u00e0&nbsp;la partie patronale&nbsp;de&nbsp;n\u00e9gocier avec nous pour solutionner ces probl\u00e8mes. L\u2019ordonnance reprenait presque int\u00e9gralement plusieurs de nos revendications. Les employeurs \u00e9taient r\u00e9ticents \u00e0 l\u2019id\u00e9e de r\u00e9former l\u2019organisation du travail dans les h\u00f4pitaux, mais ils \u00e9taient maintenant oblig\u00e9s de travailler en ce sens.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite \u00e0 cette premi\u00e8re \u00e9tape, les n\u00e9gociations ont repris&nbsp;avec la partie patronale, mais elles n\u2019avan\u00e7aient pas du tout. Le gouvernement&nbsp;devait n\u00e9gocier avec plusieurs autres syndicats&nbsp;au m\u00eame moment.&nbsp;S\u2019il r\u00e9pondait favorablement \u00e0 nos revendications,&nbsp;il savait qu\u2019il serait oblig\u00e9 d\u2019accorder les m\u00eames avantages aux&nbsp;autres groupes syndicaux.&nbsp;Aucun&nbsp;gouvernement ne&nbsp;fait&nbsp;de cadeau \u00e0 un groupe syndical&nbsp;lorsque&nbsp;cela pourrait avoir&nbsp;des cons\u00e9quences sur 300\u202f000 autres employ\u00e9s&nbsp;!&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De notre c\u00f4t\u00e9, nous avions beaucoup de pression,&nbsp;car la situation \u00e9tait intenable dans les h\u00f4pitaux. Nos membres \u00e9taient&nbsp;impatientes&nbsp;et&nbsp;les n\u00e9gociations \u00e9taient dans un cul-de-sac. Au mois de mars&nbsp;1999, les membres ont donc vot\u00e9 en faveur d\u2019une gr\u00e8ve. Nous avons commenc\u00e9 par deux&nbsp;journ\u00e9es de gr\u00e8ves les 15 et 17 juin. Comme elles n\u2019ont pas permis de faire d\u00e9bloquer les n\u00e9gociations, la FIIQ a d\u00e9clench\u00e9 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale illimit\u00e9e le 26 juin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MP\u202f:&nbsp;<\/strong><strong>Comment la gr\u00e8ve s\u2019est-elle organis\u00e9e, dans un contexte o\u00f9 le Conseil des services essentiels restreignait<\/strong><strong>&nbsp;consid\u00e9rablement le&nbsp;<\/strong><strong>droit de gr\u00e8ve<\/strong><strong>&nbsp;des travailleurs et travailleuses de la sant\u00e9<\/strong><strong>&nbsp;?<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La FIIQ n\u2019a jamais respect\u00e9&nbsp;les avis du Conseil des services essentiels.&nbsp;Si on les&nbsp;avait respect\u00e9s,&nbsp;il n\u2019y aurait&nbsp;pas eu de&nbsp;gr\u00e8ve ni aucun moyen de pression. Selon les quotas du Conseil&nbsp;des services essentiels, il&nbsp;fallait&nbsp;maintenir 90% du personnel&nbsp;en temps de gr\u00e8ve.&nbsp;Cette r\u00e8gle emp\u00eachait toutes actions&nbsp;dans des unit\u00e9s o\u00f9 il y avait&nbsp;seulement quelques infirmi\u00e8res. S\u2019il y avait&nbsp;trois infirmi\u00e8res dans ton unit\u00e9, qu\u2019est-ce que tu&nbsp;pouvais faire&nbsp;? 90% de trois infirmi\u00e8res&nbsp;? Dans bien des situations, \u00e7a voulait dire que personne ne pouvait&nbsp;faire la gr\u00e8ve.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais surtout, nous revendiquions depuis des ann\u00e9es de combler le manque de personnel, et personne ne r\u00e9agissait. Personne ne se pr\u00e9occupait de savoir si&nbsp;nous \u00e9tions&nbsp;d\u00e9bord\u00e9es, ou s\u2019il manquait&nbsp;d\u2019infirmi\u00e8res sur le plancher. Et&nbsp;soudainement, parce qu\u2019on entamait&nbsp;des moyens de pression,&nbsp;\u00e7a devenait une priorit\u00e9\u202f? Qu\u2019ils mangent de la&nbsp;<em>shnoutte<\/em><em>&nbsp;<\/em>!&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont les infirmi\u00e8res qui connaissaient le mieux les r\u00e9els besoins sur le plancher, donc&nbsp;elles ont g\u00e9r\u00e9&nbsp;elles-m\u00eames&nbsp;les services essentiels. Les infirmi\u00e8res avaient fonctionn\u00e9 comme cela dans les gr\u00e8ves pr\u00e9c\u00e9dentes. Nous avons repris la m\u00eame strat\u00e9gie en 1999. La FIIQ a adopt\u00e9 un grand&nbsp;principe\u202f: beaucoup d\u2019unit\u00e9s de soins \u00e9taient ferm\u00e9es ou r\u00e9duites \u00e0 un service minimal, mais les urgences, les soins intensifs,&nbsp;les d\u00e9partements d\u2019obst\u00e9trique n\u2019\u00e9taient pas affect\u00e9s&nbsp;par&nbsp;la gr\u00e8ve. Comme nos membres \u00e9taient sur les&nbsp;lignes&nbsp;de piquetage&nbsp;devant les h\u00f4pitaux,&nbsp;s\u2019il y avait des besoins urgents,&nbsp;elles&nbsp;\u00e9taient pr\u00eates \u00e0&nbsp;aller en&nbsp;renfort.&nbsp;Si&nbsp;trois ambulances&nbsp;arrivaient, le mot se passait sur les lignes et certaines infirmi\u00e8res rentraient ! On rajoutait m\u00eame du personnel ! La FIIQ n\u2019a jamais respect\u00e9 les ordonnances du Conseil des services essentiels, mais nous g\u00e9rions le travail localement pour nous&nbsp;assurer que les besoins soient combl\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans&nbsp;95% des \u00e9tablissements,&nbsp;nos portes sont rest\u00e9es ouvertes tout au long de la gr\u00e8ve. Il n\u2019y a jamais eu&nbsp;de blocage&nbsp;pour emp\u00eacher qui que ce soit&nbsp;d\u2019entrer&nbsp;dans les h\u00f4pitaux\u202f: ni&nbsp;les malades,&nbsp;ni&nbsp;les autres travailleurs,&nbsp;ni m\u00eame nos membres.&nbsp; Je crois que \u00e7a a permis de rassurer l\u2019opinion publique.&nbsp;D\u00e8s&nbsp;le d\u00e9but de la gr\u00e8ve, je m\u2019\u00e9tais&nbsp;adress\u00e9e \u00e0 la population&nbsp;pour leur dire\u202f: \u00ab\u202fJe peux vous assurer que jamais votre vie ne&nbsp;sera&nbsp;en danger.&nbsp;Chaque fois que vous aurez besoin&nbsp;de services, notre porte&nbsp;sera&nbsp;ouverte\u202f\u00bb. \u00c7a nous a permis d\u2019avoir le soutien de la population jusqu\u2019\u00e0 la fin de la gr\u00e8ve. Sur les&nbsp;lignes de piquetage,&nbsp;les gens&nbsp;s\u2019arr\u00eataient\u202favec&nbsp;des bo\u00eetes de beignes,&nbsp;des&nbsp;hot-dogs, des&nbsp;caisses de liqueurs pour nous encourager ! Je crois que \u00e7a a jou\u00e9 un r\u00f4le \u00e9norme dans le d\u00e9roulement de la gr\u00e8ve. Je suis convaincue que sans ce support, les sanctions&nbsp;auraient \u00e9t\u00e9&nbsp;encore&nbsp;plus drastiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MR<\/strong><strong>\u202f: En d\u00e9clenchant cette gr\u00e8ve, l<\/strong><strong>a FIIQ&nbsp;<\/strong><strong>s\u2019exposait aux sanctions de la loi 160 (<\/strong><strong><em>Loi assurant le maintien des services essentiels dans le secteur de la sant\u00e9 et des services sociaux<\/em><\/strong><strong>). Cette loi avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e lors de la gr\u00e8ve&nbsp;<\/strong><strong>des infirmi\u00e8res en 1989<\/strong><strong>. Croyez-vous que le souvenir de l\u2019exp\u00e9rience de 1989 a influenc\u00e9 la strat\u00e9gie de la FIIQ en 1999 ?<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s le d\u00e9part,&nbsp;nous savions que notre&nbsp;gr\u00e8ve&nbsp;\u00e9tait&nbsp;ill\u00e9gale, puisque nous ne&nbsp;respections&nbsp;pas la r\u00e9glementation sur les services essentiels.&nbsp;D\u00e8s qu\u2019on&nbsp;mettait le pied dehors,&nbsp;notre&nbsp;gr\u00e8ve&nbsp;\u00e9tait&nbsp;consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant&nbsp;ill\u00e9gale.&nbsp;Mais&nbsp;nous \u00e9tions pr\u00eates \u00e0 faire face \u00e0 la loi 160, parce que&nbsp;nous l\u2019avions d\u00e9j\u00e0 fait&nbsp;en 1989.&nbsp;J\u2019\u00e9tais vice-pr\u00e9sidente de la FIIQ \u00e0 la fin de&nbsp;cette&nbsp;gr\u00e8ve.&nbsp;Nous avions&nbsp;alors&nbsp;d\u00e9velopp\u00e9&nbsp;toute une s\u00e9rie de&nbsp;strat\u00e9gies&nbsp;pour survivre aux sanctions&nbsp;de la loi 160. Ces sanctions impliquaient des pertes d\u2019anciennet\u00e9 et des amendes sal\u00e9es pour les gr\u00e9vistes. La loi pr\u00e9voyait \u00e9galement des p\u00e9nalit\u00e9s financi\u00e8res&nbsp;pour le syndicat. Le plus dur \u00e9tait le retrait des cotisations syndicales. Le retour&nbsp;au travail apr\u00e8s&nbsp;la gr\u00e8ve a \u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode tr\u00e8s difficile, mais nous&nbsp;en&nbsp;avons tir\u00e9 de nombreuses le\u00e7ons&nbsp;pour&nbsp;la gr\u00e8ve&nbsp;de 1999.&nbsp;Nous avons mis en place des m\u00e9canismes&nbsp;pour pallier aux effets des sanctions&nbsp;de la loi 160 avant&nbsp;m\u00eame&nbsp;d\u2019aller en gr\u00e8ve.&nbsp;Cela a&nbsp;permis de rassurer les militantes&nbsp;puisqu\u2019on&nbsp;savait que l\u2019on \u00e9tait capable de s\u2019organiser.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1989, l\u2019enjeu&nbsp;principal&nbsp;de la loi 160&nbsp;\u00e9tait les pertes d\u2019anciennet\u00e9. Les gr\u00e9vistes&nbsp;avaient perdu&nbsp;une ann\u00e9e d\u2019anciennet\u00e9 par jour de gr\u00e8ve.&nbsp;Mais celles qui assumaient des services essentiels n\u2019avaient rien perdu. Celles qui avaient d\u00e9bray\u00e9&nbsp;et perdu des ann\u00e9es d\u2019anciennet\u00e9&nbsp;\u00e9taient donc d\u00e9savantag\u00e9es&nbsp;lorsqu\u2019elles postulaient \u00e0 un poste. Le syndicat s\u2019est rapidement&nbsp;organis\u00e9&nbsp;pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me. Nous avons&nbsp;g\u00e9r\u00e9&nbsp;nous-m\u00eames&nbsp;l\u2019octroi des postes&nbsp;en respectant&nbsp;l\u2019anciennet\u00e9 r\u00e9elle de nos membres,&nbsp;sans prendre en compte les p\u00e9nalit\u00e9s&nbsp;de la loi 160.&nbsp;On s\u2019assurait&nbsp;que personne n\u2019obtiendrait&nbsp;un&nbsp;poste au d\u00e9triment d\u2019une coll\u00e8gue gr\u00e9viste. \u00c7a s\u2019est&nbsp;av\u00e9r\u00e9 tr\u00e8s efficace&nbsp;en 1989, parce&nbsp;que&nbsp;le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9&nbsp;en 1999&nbsp;de ne pas appliquer les pertes d\u2019anciennet\u00e9&nbsp;pr\u00e9vues dans la loi. Nous&nbsp;leur&nbsp;avions&nbsp;montr\u00e9&nbsp;dix ans plus t\u00f4t&nbsp;que&nbsp;cette p\u00e9nalit\u00e9&nbsp;n\u2019avait pas de sens. Les&nbsp;pertes d\u2019anciennet\u00e9 et nos moyens de pression avaient rendu les&nbsp;h\u00f4pitaux ing\u00e9rables&nbsp;apr\u00e8s la gr\u00e8ve de 1989\u2026&nbsp;Ce sont&nbsp;les syndicats&nbsp;qui&nbsp;ont&nbsp;fait le travail du bureau des ressources humaines&nbsp;dans tout le&nbsp;r\u00e9seau durant plusieurs ann\u00e9es\u202f!&nbsp;En 1999, le&nbsp;gouvernement&nbsp;ne voulait pas&nbsp;revivre \u00e7a.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La FIIQ a \u00e9galement tir\u00e9 des&nbsp;le\u00e7ons&nbsp;de la gr\u00e8ve de 1989 au sujet des p\u00e9nalit\u00e9s financi\u00e8res pr\u00e9vues dans la loi 160. Les infirmi\u00e8res avaient perdu deux jours de salaires par jour de gr\u00e8ve&nbsp;lors de ce conflit. Nous avions pr\u00e9lev\u00e9 une cotisation sp\u00e9ciale aux membres qui n\u2019avaient pas cess\u00e9 de travailler, pour rembourser celles qui avaient perdu leurs revenus. Cela nous&nbsp;a permis&nbsp;de r\u00e9partir les p\u00e9nalit\u00e9s \u00e9quitablement entre les membres. La FIIQ a pu d\u00e9dommager les gr\u00e9vistes,&nbsp;mais&nbsp;l\u2019op\u00e9ration&nbsp;nous a pris&nbsp;plusieurs mois. En 1999,&nbsp;nous avions&nbsp;pr\u00e9vu le coup. On a appliqu\u00e9 la m\u00eame strat\u00e9gie, mais&nbsp;d\u00e8s la premi\u00e8re journ\u00e9e de gr\u00e8ve. Les syndicats locaux g\u00e9raient les p\u00e9nalit\u00e9s au jour le jour. Certains avaient m\u00eame un fonds&nbsp;de roulement leur permettant de rembourser directement les infirmi\u00e8res. \u00c7a nous a permis d\u2019\u00eatre beaucoup plus efficaces&nbsp;qu\u2019en 1989.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, la loi 160 pr\u00e9voyait le retrait des cotisations syndicales. Cette sanction pouvait faire tr\u00e8s mal. Suite \u00e0 la gr\u00e8ve de 1989, le pr\u00e9l\u00e8vement automatique des cotisations a \u00e9t\u00e9 interrompu pendant pr\u00e8s de deux ans. Pour survire, la FIIQ&nbsp;a d\u00fb&nbsp;r\u00e9colter&nbsp;les cotisations syndicales \u00e0 la mitaine\u202f: les membres venaient nous payer&nbsp;directement&nbsp;par ch\u00e8que.&nbsp;Comme&nbsp;nous savions&nbsp;que l\u2019on subirait&nbsp;probablement les m\u00eames sanctions&nbsp;en 1999,&nbsp;nous&nbsp;avons&nbsp;rapidement&nbsp;cr\u00e9\u00e9&nbsp;un compte dans&nbsp;une caisse d\u2019\u00e9conomie&nbsp;pour que les membres puissent&nbsp;payer leur cotisation \u00e0 l\u2019avance.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MP<\/strong><strong>\u202f:<\/strong><strong>&nbsp;En plus de la loi 160, le&nbsp;<\/strong><strong>gouvernement de Lucien Bouchard&nbsp;<\/strong><strong>a adopt\u00e9<\/strong><strong>&nbsp;la loi 72 (<\/strong><strong><em>Loi concernant la prestation des services de soins infirmiers et des services pharmaceutiques<\/em><\/strong><strong>)<\/strong><strong>&nbsp;le 2 juillet 1999<\/strong><strong>. La FIIQ a-t-elle \u00e9t\u00e9 prise de court par l\u2019adoption de cette seconde loi sp\u00e9ciale ?&nbsp;<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Absolument ! La loi 160, c\u2019\u00e9tait la partie facile. Personne n\u2019avait pr\u00e9vu qu\u2019une deuxi\u00e8me loi sp\u00e9ciale nous tomberait dessus. La loi 72 a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e 8 jours apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la gr\u00e8ve.&nbsp;Elle ordonnait aux&nbsp;infirmi\u00e8res&nbsp;de rentrer au travail d\u00e8s le lendemain.&nbsp;En plus des amendes aux syndicats d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vues dans la loi 160, la loi 72 pr\u00e9voyait la suspension des lib\u00e9rations syndicales pour 12 semaines par jour de gr\u00e8ve. Toutes les infirmi\u00e8res qui \u00e9taient lib\u00e9r\u00e9es pour s\u2019impliquer dans des comit\u00e9s syndicaux, ou pour dispenser des services dans les syndicats locaux n\u2019\u00e9taient plus r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es par l\u2019employeur.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour att\u00e9nuer&nbsp;l\u2019effet de nous faire rentrer de force au travail, la loi&nbsp;d\u00e9cr\u00e9tait plusieurs modifications \u00e0 nos conditions de travail.&nbsp;Ces d\u00e9crets rendaient permanentes les&nbsp;recommandations formul\u00e9es&nbsp;par le Conseil des&nbsp;services essentiels en 1998.&nbsp;Ces r\u00e9formes incluaient la conversion des heures de travail sur appel en postes permanents, ainsi que le mise en place d\u2019un processus de plainte en cas de fardeau de t\u00e2ches trop lourd.&nbsp;La gr\u00e8ve a&nbsp;donc au moins&nbsp;permis de faire avancer certains aspects. Sur nos neuf grandes priorit\u00e9s, nous avions fait des gains sur sept points.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le coup, le Conseil&nbsp;f\u00e9d\u00e9ral de la FIIQ n\u2019a pas&nbsp;voulu&nbsp;retourner&nbsp;au travail. Nos membres ne voulaient pas&nbsp;davantage&nbsp;rentrer. Sauf que les n\u00e9gociations avec le gouvernement n\u2019avan\u00e7aient pas d\u2019un pouce. La reine&nbsp;ne&nbsp;n\u00e9gocie pas avec ses sujets s\u2019ils sont&nbsp;en gr\u00e8ve ill\u00e9gale&nbsp;sur le trottoir ! Le 13 juillet, le syndicat a donc&nbsp;accept\u00e9&nbsp;une tr\u00eave de 48h pour n\u00e9gocier une convention collective. L\u2019entente a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e \u00e0 62%&nbsp;par notre Conseil&nbsp;f\u00e9d\u00e9ral. Nous avons recommand\u00e9&nbsp;le retour au travail.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs de nos membres \u00e9taient insatisfaites de l\u2019entente et ne voulaient pas mettre fin \u00e0 la gr\u00e8ve. Elles esp\u00e9raient faire des gains au niveau salarial. Ce n\u2019\u00e9tait pas&nbsp;l\u2019aspect&nbsp;le plus important au d\u00e9part, mais&nbsp;apr\u00e8s 23 jours de gr\u00e8ve, les membres&nbsp;avaient perdu beaucoup d\u2019argent. Le salaire&nbsp;\u00e9tait devenu la&nbsp;principale&nbsp;priorit\u00e9.&nbsp;Il&nbsp;\u00e9tait&nbsp;toutefois&nbsp;impossible de faire des gains sur le salarial \u00e0 ce moment-l\u00e0, puisque le gouvernement&nbsp;devait n\u00e9gocier&nbsp;dans les semaines suivantes&nbsp;avec d\u2019autres groupes syndicaux. S\u2019il nous donnait&nbsp;des augmentations salariales,&nbsp;il aurait d\u00fb&nbsp;donner les m\u00eames&nbsp;pour&nbsp;tout le monde, ce&nbsp;qu\u2019il&nbsp;refusait cat\u00e9goriquement.&nbsp;Rester dans la rue&nbsp;n\u2019aurait rien chang\u00e9. La FIIQ&nbsp;\u00e9tait en gr\u00e8ve ill\u00e9gale depuis 23 jours, on accumulait des amendes, on perdait&nbsp;des salaires\u2026 Donc on&nbsp;a&nbsp;recommand\u00e9&nbsp;de rentrer au travail.&nbsp;S\u2019il n\u2019y avait pas eu&nbsp;ces lois sp\u00e9ciales, les infirmi\u00e8res auraient peut-\u00eatre pass\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9 dehors !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MR\u202f: Dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies, les gouvernements qu\u00e9b\u00e9cois,<\/strong><strong>&nbsp;tous partis politiques confondu<\/strong><strong>s, ont eu recours de mani\u00e8re quasi syst\u00e9matique aux lois sp\u00e9ciales lorsque des&nbsp;<\/strong><strong>gr\u00e8ves \u00e9taient d\u00e9clench\u00e9es. Comment entrevoyez-vous l\u2019avenir du mouvement syndical dans ce contexte ?<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le recours aux lois sp\u00e9ciales&nbsp;a&nbsp;eu&nbsp;un impact \u00e9norme&nbsp;sur la combativit\u00e9&nbsp;du mouvement syndical.&nbsp;Si un&nbsp;groupe d\u00e9clenche une&nbsp;gr\u00e8ve&nbsp;demain matin, il peut \u00eatre \u00e0 peu pr\u00e8s certain qu\u2019il&nbsp;fera l\u2019objet d\u2019une&nbsp;loi sp\u00e9ciale. C\u2019est la voie de la facilit\u00e9 pour un gouvernement.&nbsp;Il n\u2019a plus besoin de n\u00e9gocier. Il applique une loi sp\u00e9ciale, puis&nbsp;\u00ab\u202fbang\u202f! \u00bb, il&nbsp;impose ce qu\u2019il&nbsp;veut.&nbsp;Il y a toujours la possibilit\u00e9&nbsp;de contester la constitutionnalit\u00e9 des lois sp\u00e9ciales&nbsp;devant les tribunaux.&nbsp;Les d\u00e9lais sont&nbsp;toutefois&nbsp;tellement longs&nbsp;qu\u2019on ne peut pas vraiment compter l\u00e0-dessus pour se d\u00e9fendre. Par exemple, la FIIQ a contest\u00e9 la loi 72&nbsp;apr\u00e8s la gr\u00e8ve de 1999. Il a fallu plus de 8 ans pour que l\u2019affaire&nbsp;soit r\u00e9gl\u00e9e&nbsp;devant la Cour&nbsp;sup\u00e9rieure.&nbsp;On le fait&nbsp;par principe, mais personne&nbsp;n\u2019attend vraiment de r\u00e9sultats&nbsp;de ces contestations juridiques. Dans ce contexte, il&nbsp;y&nbsp;a un \u00e9norme&nbsp;d\u00e9s\u00e9quilibre&nbsp;dans le rapport de force. L\u2019exercice de la n\u00e9gociation est compl\u00e8tement fauss\u00e9.&nbsp;Les syndicats n\u2019osent plus d\u00e9clencher de gr\u00e8ve. En 1999, la FIIQ l\u2019a fait parce qu\u2019il y avait des enjeux d\u2019organisation du travail qui devaient \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s de toute urgence. Mais&nbsp;personne&nbsp;n\u2019aurait \u00e9t\u00e9&nbsp;en&nbsp;gr\u00e8ve juste pour le salaire&nbsp;avec les menaces des lois sp\u00e9ciales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je crois&nbsp;toutefois&nbsp;que le probl\u00e8me va au-del\u00e0 des lois sp\u00e9ciales.&nbsp;Je crois que l\u2019individualisme prend de plus en plus de place dans nos soci\u00e9t\u00e9s. L\u2019individualisme est promu par l\u2019\u00c9tat, qui favorise constamment les droits individuels au d\u00e9triment des droits collectifs. L\u2019impact de cette tendance se fait sentir jusque dans nos organisations\u202f: les membres sont convaincus qu\u2019ils n\u2019ont plus besoin des syndicats. Les gens croient qu\u2019ils sont capables de faire leur chemin&nbsp;par&nbsp;eux-m\u00eames, sans se pr\u00e9occuper du voisin. Ils oublient que&nbsp;c\u2019est \u00e0 notre porte qu\u2019ils viennent cogner,&nbsp;d\u00e8s qu\u2019il a un probl\u00e8me avec leur cong\u00e9 de maladie&nbsp;ou qu\u2019un poste leur est refus\u00e9 !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si un changement majeur devait se produire,&nbsp;il&nbsp;ne passera&nbsp;pas&nbsp;n\u00e9cessairement&nbsp;par la voie&nbsp;des n\u00e9gociations traditionnelles. Il&nbsp;n\u00e9cessitera&nbsp;une implication plus large que&nbsp;le seul monde syndical. Quand on parle de lutte \u00e0 la pauvret\u00e9, par exemple, il y&nbsp;a&nbsp;des&nbsp;grands&nbsp;objectifs \u00e0 atteindre qui n\u00e9cessitent une action concert\u00e9e avec la soci\u00e9t\u00e9 civile, les groupes communautaires, les OSBL, les syndicats\u2026&nbsp;J\u2019ai l\u2019impression que le changement viendra&nbsp;de ce type de coalition plut\u00f4t&nbsp;que&nbsp;de&nbsp;la&nbsp;n\u00e9gociation&nbsp;syndicale.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Infirmi\u00e8re de formation, Jennie Skene est impliqu\u00e9e dans le mouvement syndical depuis 1975. Elle milite d\u2019abord au sein de la F\u00e9d\u00e9ration des Syndicats professionnels des infirmiers et infirmi\u00e8res du Qu\u00e9bec&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":7356,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[57,9],"tags":[13,33,576],"class_list":["post-7355","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-acteurs-et-actrices","category-blogue","tag-martin-petitclerc","tag-martin-robert","tag-sandrine-labelle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7355","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7355"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7355\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7356"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7355"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7355"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7355"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}