{"id":7257,"date":"2020-06-11T12:29:29","date_gmt":"2020-06-11T16:29:29","guid":{"rendered":"https:\/\/chrs.dev.uqam.ca\/?p=7257"},"modified":"2020-06-22T11:12:23","modified_gmt":"2020-06-22T15:12:23","slug":"entretien-avec-diane-lavallee-au-sujet-de-la-greve-des-infirmieres-1989","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/2020\/06\/11\/entretien-avec-diane-lavallee-au-sujet-de-la-greve-des-infirmieres-1989\/","title":{"rendered":"Entretien avec Diane Lavall\u00e9e au sujet de la gr\u00e8ve des infirmi\u00e8res (1989)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Troisi\u00e8me entrevue du<strong>&nbsp;<\/strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/2020\/06\/03\/dossier-special-vieillesse-sante-et-travail-des-femmes\/\" target=\"_blank\">Dossier sp\u00e9cial : Vieillesse, sant\u00e9, et travail des femmes<\/a><\/p>\n\n\n<p><em><a href=\"http:\/\/collections.banq.qc.ca\/ark:\/52327\/2262796\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-7285\" src=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Lavallee-1ere-pagejpg.jpg\" alt=\"\" width=\"301\" height=\"323\" srcset=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Lavallee-1ere-pagejpg.jpg 1627w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Lavallee-1ere-pagejpg-280x300.jpg 280w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Lavallee-1ere-pagejpg-768x823.jpg 768w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Lavallee-1ere-pagejpg-955x1024.jpg 955w\" sizes=\"auto, (max-width: 301px) 100vw, 301px\" \/><\/a>Diane Lavall\u00e9e est une militante syndicaliste et f\u00e9ministe. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sid\u00e9 la F\u00e9d\u00e9ration qu\u00e9b\u00e9coise des infirmi\u00e8res et infirmiers (FQII), Mme Lavall\u00e9e a fond\u00e9 en 1987 la F\u00e9d\u00e9ration des infirmi\u00e8res et des infirmiers du Qu\u00e9bec (FIIQ). Elle y a occup\u00e9 la pr\u00e9sidence jusqu\u2019en 1993. Mme Lavall\u00e9e a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sidente du Conseil du statut de la femme de 1999 \u00e0 2006. R\u00e9pondant aux cris du c\u0153ur des travailleuses et travailleurs du r\u00e9seau de la sant\u00e9 dans le contexte de la pand\u00e9mie, <a href=\"https:\/\/www.lesoleil.com\/actualite\/covid-19\/diane-lavallee-en-renfort-dans-un-chsld-de-quebec-4ba436131ef43e2307c8947c8c008dab\" data-wplink-edit=\"true\">elle s\u2019est port\u00e9e volontaire<\/a> pour \u00eatre pr\u00e9pos\u00e9e aux b\u00e9n\u00e9ficiaires en accord \u00ab avec cette fibre soignante qui a marqu\u00e9 son premier choix de carri\u00e8re \u00bb. Elle est, depuis le 4 mai 2020, chef d\u2019unit\u00e9 d\u2019un Centre d\u2019h\u00e9bergement pour personnes \u00e2g\u00e9es de la r\u00e9gion de Qu\u00e9bec. Dans cet entretien accord\u00e9 en 2013 \u00e0 Martin Petitclerc et Martin Robert, elle partage son exp\u00e9rience lors de la gr\u00e8ve de la FIIQ, d\u00e9clench\u00e9e le 5 septembre 1989.<\/em><\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Cet entretien a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 dans le cadre d\u2019une recherche sur <a href=\"https:\/\/flipbook.cantook.net\/?d=%2F%2Fwww.entrepotnumerique.com%2Fflipbook%2Fpublications%2F62509.js&amp;oid=154&amp;c=&amp;m=&amp;l=fr&amp;r=https:\/\/www.luxediteur.com&amp;f=pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"l\u2019histoire des lois sp\u00e9ciales au Qu\u00e9bec  (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">l\u2019histoire des lois sp\u00e9ciales au Qu\u00e9bec <\/a>men\u00e9e en collaboration avec le Service aux collectivit\u00e9s de l\u2019UQAM. Sandrine Labelle a adapt\u00e9 et r\u00e9dig\u00e9 cette version abr\u00e9g\u00e9e de l\u2019entrevue.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Martin Petitclerc : En 1987, vous avez travaill\u00e9 \u00e0 la fondation de la FIIQ, afin de r\u00e9unir au sein d\u2019un m\u00eame syndicat l\u2019ensemble des infirmiers et infirmi\u00e8res du Qu\u00e9bec. Qu\u2019est-ce qui a motiv\u00e9 cette initiative ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Diane Lavall\u00e9e : Lorsque je me suis impliqu\u00e9e au niveau syndical, je n\u2019ai jamais compris pourquoi les infirmi\u00e8res \u00e9taient divis\u00e9es en trois f\u00e9d\u00e9rations. En plus de la FQII, il y avait la f\u00e9d\u00e9ration des SPIIQ, et la F\u00e9d\u00e9ration des syndicats des infirmi\u00e8res unies. Les infirmi\u00e8res ont souvent tent\u00e9 de n\u00e9gocier en front commun, mais comme elles \u00e9taient chacune dans leurs structures syndicales, elles \u00e9taient des adversaires et se maraudaient entre elles. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s difficile de s\u2019entendre sur des enjeux et des moyens de pression communs, parce que tout le monde cherchait \u00e0 tirer la couverte de son c\u00f4t\u00e9 pour montrer un plus grand militantisme, dans le but d\u2019aller ensuite marauder les infirmi\u00e8res des autres f\u00e9d\u00e9rations. Ce qui permettait au gouvernement de jouer sur les rivalit\u00e9s. Diviser pour mieux r\u00e9gner !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je trouvais \u00e7a absurde! Les membres des trois f\u00e9d\u00e9rations avaient le m\u00eame employeur, travaillaient dans les m\u00eames h\u00f4pitaux, revendiquaient toutes de meilleures conditions de travail\u2026 et leurs syndicats \u00e9taient incapables s\u2019entendre ? Apr\u00e8s la n\u00e9gociation de 1986, j\u2019ai donc contact\u00e9 les deux autres pr\u00e9sidentes pour travailler \u00e0 l\u2019unification des forces infirmi\u00e8res au Qu\u00e9bec. Je leur ai propos\u00e9 de mettre en commun les trois f\u00e9d\u00e9rations. Le projet a \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s. En neuf mois, les structures de la nouvelle f\u00e9d\u00e9ration \u00e9taient \u00e9tablies, et des comit\u00e9s de travail dans tous les secteurs d\u2019activit\u00e9 avaient \u00e9t\u00e9 mis sur pied. C\u2019\u00e9tait une premi\u00e8re : avec 37 000 infirmi\u00e8res r\u00e9unies sous une m\u00eame banni\u00e8re, la FIIQ devenait la plus grosse organisation syndicale de femmes en Am\u00e9rique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me suis pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sidence. Je me suis retrouv\u00e9e \u00e0 la t\u00eate d\u2019une jeune organisation, sans exp\u00e9rience et sans fonds de gr\u00e8ve. La FIIQ n\u2019avait rien, except\u00e9 notre courage, notre d\u00e9termination, puis notre volont\u00e9 d\u2019aller chercher de meilleures conditions de travail pour les infirmi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Martin Robert : Au printemps 1989, la FIIQ entame des n\u00e9gociations avec le gouvernement du Qu\u00e9bec en vue du renouvellement de la convention collective des infirmiers et infirmi\u00e8res du Qu\u00e9bec. Comment ces n\u00e9gociations se sont-elles d\u00e9roul\u00e9es ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">DL : C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re n\u00e9gociation des infirmi\u00e8res unies sous une m\u00eame banni\u00e8re. Vous comprendrez que les attentes \u00e9taient grandes, et \u00e0 juste titre ! Notre objectif \u00e9tait de faire reconna\u00eetre notre profession, de lui redonner ses lettres de noblesse. \u00c7a passait beaucoup par une r\u00e9mun\u00e9ration \u00e0 la hauteur des responsabilit\u00e9s du m\u00e9tier. Nous sommes des professionnelles, et ce n\u2019est pas parce que nous sommes des femmes qu\u2019il faut \u00eatre sous-pay\u00e9es !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En avril 1989, la FIIQ a donn\u00e9 le mot d\u2019ordre d\u2019arr\u00eater de faire des heures suppl\u00e9mentaires. Pour nous, ce moyen de pression \u00e9tait tout \u00e0 fait l\u00e9gal. Le mot d\u2019ordre \u00e9tait : tenez-vous-en \u00e0 vos conditions de travail. Beaucoup d\u2019infirmi\u00e8res avaient des emplois pr\u00e9caires, \u00e0 trois jours par semaine. Elles \u00e9taient sur la liste d\u2019appel pour les deux autres journ\u00e9es. C\u2019\u00e9tait absurde. La FIIQ demandait de stabiliser les emplois pour faire reconna\u00eetre plus de postes \u00e0 temps complet. Nous nous sommes donc concert\u00e9es pour d\u00e9noncer les probl\u00e8mes de gestion de personnel. Nous avons dit \u00e0 nos membres : \u00ab Le r\u00e9seau fonctionne avec des employ\u00e9es \u00e0 trois jours semaine ? On ne vous offre pas un poste \u00e0 temps plein ? Respectez votre contrat de travail, puis arr\u00eatez de faire des heures suppl\u00e9mentaires ! \u00bb Ce mot d\u2019ordre a entra\u00een\u00e9 la fermeture de 1800 lits. Le Conseil des services essentiels a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 au syndicat : \u00ab les infirmi\u00e8res devaient retourner au travail parce que leurs actions perturbaient le r\u00e9seau de la sant\u00e9 \u00bb. \u00c7a vous donne une id\u00e9e \u00e0 quel point le r\u00e9seau fonctionnait avec du personnel pr\u00e9caire !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite \u00e0 ce moyen de pression, la FIIQ et le gouvernement se sont entendus en juin sur une premi\u00e8re entente de principe. L\u2019entente r\u00e9pondait d\u2019une fa\u00e7on satisfaisante \u00e0 nos revendications. Elle \u00e9tait plus avantageuse que toutes les ententes sign\u00e9es avec les infirmi\u00e8res dans le pass\u00e9. La fusion des organisations avait permis d\u2019\u00e9tablir un rapport de force efficace. Cependant, l\u2019entente est peut-\u00eatre arriv\u00e9e trop rapidement. Il y avait d\u2019\u00e9normes attentes chez les infirmi\u00e8res puisque c\u2019\u00e9tait notre premi\u00e8re n\u00e9gociation. Je crois que les membres n\u2019ont pas eu assez de temps pour cheminer et r\u00e9aliser que l\u2019entente propos\u00e9e \u00e9tait valable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les instances de n\u00e9gociation ont d\u2019abord accept\u00e9 l\u2019entente de principe. Cette derni\u00e8re devait ensuite \u00eatre approuv\u00e9e par les membres. Lors de la premi\u00e8re assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, les infirmi\u00e8res de la Cit\u00e9 de la sant\u00e9 de Laval ont rejet\u00e9 l\u2019entente de principe. La m\u00eame chose s\u2019est produite \u00e0 l\u2019H\u00f4pital Sacr\u00e9-C\u0153ur, en pr\u00e9sence des m\u00e9dias. C\u2019\u00e9tait parti ! Seulement 10% des infirmi\u00e8res au Qu\u00e9bec avaient vot\u00e9 et les m\u00e9dias annon\u00e7aient d\u00e9j\u00e0 que les infirmi\u00e8res rejetaient l\u2019entente de principe. Par la suite, les membres convoqu\u00e9s en assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale se faisaient dire que l\u2019entente serait rejet\u00e9e, qu\u2019elles m\u00e9ritaient mieux&#8230; Il y a eu un effet d\u2019entra\u00eenement. Je crois que c\u2019est une des causes qui expliquent le rejet massif de l\u2019entente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question du 4% d\u2019augmentation de salaire a \u00e9t\u00e9 le principal d\u00e9clencheur du mouvement de rejet. Les infirmi\u00e8res voulaient davantage que cette augmentation propos\u00e9e par le gouvernement. Notre nouveau rapport de force cr\u00e9ait une fr\u00e9n\u00e9sie et la population nous appuyait massivement\u2026 La mobilisation \u00e9tait tr\u00e8s grande ! Les infirmi\u00e8res avaient l\u2019impression que, sans gr\u00e8ve, la FIIQ n\u2019avait pas tout fait pour obtenir plus. Malgr\u00e9 tout, je pense que les infirmi\u00e8res ont sous-estim\u00e9 la fermet\u00e9 de la volont\u00e9 du gouvernement de ne pas d\u00e9passer le 4%. \u00c0 un certain point, le rapport de force atteint ses limites. Il faut \u00eatre capable de s\u2019en rendre compte. Mais ce n\u2019est pas toujours facile dans une mobilisation : on se sent parfois plus puissants que ce qu\u2019on est r\u00e9ellement. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rejet de l\u2019entente par les membres a pris tout le monde par surprise. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois, dans l\u2019histoire des n\u00e9gociations des secteurs publics et parapublics, qu\u2019une entente accept\u00e9e par l\u2019instance de n\u00e9gociation \u00e9tait rejet\u00e9e massivement par l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. \u00c7a d\u00e9montre \u00e0 quel point la FIIQ \u00e9tait une organisation d\u00e9mocratique : les membres avaient toujours le dernier mot. Que ce soit la fille du Grand Nord, de la Baie-James, de Kuujjuaq ou du centre-ville de Montr\u00e9al, tout le monde avait son mot \u00e0 dire. C\u2019est tout \u00e0 l\u2019honneur de la f\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par contre, il y avait pour la FIIQ une grande c\u00f4te \u00e0 remonter. Pour se rasseoir \u00e0 une table de n\u00e9gociation, il faut que ton vis-\u00e0-vis puisse te faire confiance. Les n\u00e9gociateurs disaient : \u00ab On va recommencer combien de fois ? \u00bb N\u2019oublions pas qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une petite organisation, sans trop d\u2019exp\u00e9rience, qui n\u00e9gociait pour la premi\u00e8re fois. Deux vice-pr\u00e9sidentes et la moiti\u00e9 des membres du comit\u00e9 de n\u00e9gociation ont alors d\u00e9missionn\u00e9. La FIIQ \u00e9tait au bord de l\u2019\u00e9clatement. L\u2019aventure aurait pu mal se terminer si on n\u2019avait pas r\u00e9ussi \u00e0 resserrer les rangs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ex\u00e9cutif n\u2019avait pas le choix de respecter la d\u00e9cision des membres qui avaient rejet\u00e9 l\u2019entente. Il fallait donc continuer et accentuer le rapport de force. Deuxi\u00e8me \u00e9tape : aller chercher un vote de gr\u00e8ve et l\u2019appliquer. On avait tir\u00e9 le maximum du rapport de force amorc\u00e9 par l\u2019arr\u00eat du travail suppl\u00e9mentaire. Si ce n\u2019\u00e9tait pas assez, il fallait accentuer la pression et d\u00e9clencher massivement la gr\u00e8ve. Les membres de l\u2019ex\u00e9cutif sont parties rencontrer les infirmi\u00e8res un peu partout au Qu\u00e9bec. Lorsqu\u2019elles sont revenues au mois d\u2019ao\u00fbt, on avait notre vote de gr\u00e8ve en poche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MR : Durant cette gr\u00e8ve, la loi sp\u00e9ciale 160 (Loi assurant le maintien des services essentiels dans le secteur de la sant\u00e9 et des services sociaux) est appliqu\u00e9e pour la premi\u00e8re fois. Comment la gr\u00e8ve s\u2019est-elle organis\u00e9e, dans le contexte de l\u2019application de cette loi ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">DL : La gr\u00e8ve a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e le 5 septembre, et a dur\u00e9 sept jours. Les sanctions pr\u00e9vues par la loi 160 ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es \u00e0 partir de la deuxi\u00e8me journ\u00e9e. \u00c0 partir de ce moment, les gr\u00e9vistes perdaient une ann\u00e9e d\u2019anciennet\u00e9 et deux jours de salaire par jour de gr\u00e8ve. La FIIQ se voyait quant \u00e0 elle retirer la formule Rand, c\u2019est-\u00e0-dire la cotisation \u00e0 la source per\u00e7ue par l\u2019employeur et vers\u00e9e dans les comptes de l\u2019organisation. Le syndicat perdait trois mois de cotisations par jour de gr\u00e8ve. Les sanctions touchaient donc tous les paliers de l\u2019organisation : les individus, les leaders syndicaux, et la f\u00e9d\u00e9ration. La FIIQ n\u2019avait pas de fonds de gr\u00e8ve, l\u2019argent ne rentrerait plus dans les coffres, et les amendes se multipliaient. C\u2019\u00e9tait le bordel ! Pour ne rien arranger, les n\u00e9gociations \u00e9taient interrompues depuis le d\u00e9clenchement de la gr\u00e8ve. Le gouvernement refusait de n\u00e9gocier avec un syndicat en gr\u00e8ve ill\u00e9gale. Il y avait donc une pression \u00e9norme sur nos \u00e9paules. En l\u2019absence de n\u00e9gociations, nous \u00e9tions loin d\u2019une entente ! Pendant ce temps, la gr\u00e8ve se poursuivait et les sanctions s\u2019accumulaient. Il fallait trouver un moyen de s\u2019en sortir \u00e9l\u00e9gamment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Consid\u00e9rant l\u2019ampleur de la mobilisation, l\u2019ex\u00e9cutif n\u2019aurait jamais pu convaincre les infirmi\u00e8res de mettre fin \u00e0 la gr\u00e8ve, sauf pour un laps de temps limit\u00e9. Pour cette raison, nous avons eu l\u2019id\u00e9e de recommander une tr\u00eave de 24 heures. Par cet arr\u00eat temporaire de la gr\u00e8ve, le syndicat cr\u00e9ait un espace : 24 heures pour r\u00e9gler. Le gouvernement n\u2019avait plus de raison de refuser de n\u00e9gocier, puisque la FIIQ n\u2019\u00e9tait plus en gr\u00e8ve. La partie patronale \u00e9tait donc forc\u00e9e de s\u2019asseoir \u00e0 la table de n\u00e9gociation. Durant les discussions, j\u2019ai expliqu\u00e9 au gouvernement que je n\u2019avais plus de contr\u00f4le sur les membres. Le jour o\u00f9 elles repartaient en gr\u00e8ve, personne n\u2019aurait pu les arr\u00eater. Ce n\u2019\u00e9tait pas un bluff, et tout le monde autour de la table savait que c\u2019\u00e9tait vrai. \u00c7a a permis les pourparlers, puis le r\u00e8glement de la convention collective. Apr\u00e8s sept jours de gr\u00e8ve, elle a \u00e9t\u00e9 ent\u00e9rin\u00e9e par les membres. L\u2019entente de principe a permis quelques nouveaux gains, mais \u00e9tait tout de m\u00eame tr\u00e8s semblable \u00e0 celle propos\u00e9e en juin. Suite \u00e0 cette entente, il restait un enjeu \u00e0 n\u00e9gocier : les sanctions pr\u00e9vues par la loi 160. Ce n\u2019\u00e9tait pas fini !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre d\u00e9l\u00e9gation ne voulait pas accepter une entente si elle ne pr\u00e9voyait pas l\u2019annulation des sanctions de la loi 160. Le comit\u00e9 de n\u00e9gociation a amen\u00e9 cette revendication au gouvernement. Il n\u2019y a pas eu beaucoup de n\u00e9gociations : c\u2019\u00e9tait non. Le gouvernement ne signerait pas une entente faisant tomber les p\u00e9nalit\u00e9s. Il savait que le m\u00eame automne, il entamerait des n\u00e9gociations avec un front commun du secteur public. Il ne pouvait tout de m\u00eame pas leur dire : \u00ab faites la gr\u00e8ve, on l\u00e8vera les sanctions des lois sp\u00e9ciales lorsqu\u2019on r\u00e9glera le conflit ! \u00bb C\u2019\u00e9tait impossible. Nous n\u2019avions pas le rapport de force n\u00e9cessaire pour infirmer cette d\u00e9cision. Que pouvions-nous faire de plus ? Retourner dans la rue, pendant que les p\u00e9nalit\u00e9s s\u2019accumulaient ? Il n\u2019y avait pas de possibilit\u00e9 de faire lever les sanctions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MP: Les sanctions pr\u00e9vues par la loi 160 ont donc \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es. Quels effets ont-elles eus sur la FIIQ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">DL : C\u2019\u00e9tait le test de la solidit\u00e9 pour notre organisation, qui \u00e9tait jeune et vuln\u00e9rable. Les lois sp\u00e9ciales sont con\u00e7ues pour d\u00e9stabiliser tout le mouvement syndical, de la t\u00eate \u00e0 ses membres. Malgr\u00e9 tout, les infirmi\u00e8res ont fait preuve de d\u00e9termination et le syndicat a r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019en sortir. Apr\u00e8s une gr\u00e8ve essoufflante, nos \u00e9quipes locales \u00e9taient encore mobilis\u00e9es pour mener une deuxi\u00e8me lutte : celle de la solidarit\u00e9. C\u2019est tout \u00e0 l\u2019honneur des militantes syndicales et des infirmi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pertes d\u2019anciennet\u00e9 posaient un immense d\u00e9fi, parce qu\u2019elles cr\u00e9aient beaucoup de tensions entre nous. M\u00eame si l\u2019ensemble des infirmi\u00e8res s\u2019\u00e9taient prononc\u00e9es pour la gr\u00e8ve, certaines d\u2019entre elles continuaient \u00e0 travailler puisqu\u2019elles assumaient les services essentiels. Pendant ce temps, leurs coll\u00e8gues sur les lignes de piquetages perdaient une ann\u00e9e d\u2019anciennet\u00e9 par jour de gr\u00e8ve. Vous comprendrez que tu obtiens ton poste par anciennet\u00e9 lorsque tu es infirmi\u00e8re. Quand \u00e7a fait huit ans que tu travailles de nuit et que tu auras bient\u00f4t ton poste de jour, \u00e7a va mal \u00e0 la shop lorsqu\u2019on te retranche cinq ans d\u2019anciennet\u00e9 et que ta coll\u00e8gue obtient ton poste ! \u00c7a cr\u00e9ait beaucoup de divisions entre les membres, m\u00eame \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des rangs. Les sanctions \u00e9taient tr\u00e8s bien pens\u00e9es dans la loi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout le monde s\u2019est mobilis\u00e9 pour contrer ces effets pervers. Les gens disaient : \u00ab on a gagn\u00e9 des conditions de travail am\u00e9lior\u00e9es collectivement, on ne commencera pas \u00e0 s\u2019entre-d\u00e9chirer entre nous. Au contraire, restons solidaires jusqu\u2019au bout. \u00bb Les membres ont donc sign\u00e9 des<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">engagements moraux dans lesquels elles s\u2019engageaient \u00e0 refuser tout changement de poste si l\u2019anciennet\u00e9 syndicale n\u2019\u00e9tait pas respect\u00e9e. Sur les 37 000 infirmi\u00e8res du Qu\u00e9bec, pas une seule n\u2019a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019application de la loi 160 pour se faufiler, et obtenir un poste au d\u00e9triment de sa coll\u00e8gue gr\u00e9viste. En plus, gr\u00e2ce \u00e0 une cotisation sp\u00e9ciale, le syndicat a pu rembourser l\u2019\u00e9quivalent de soixante-dix dollars par jour \u00e0 celles qui ont fait la gr\u00e8ve. Nous avons m\u00eame r\u00e9parti les amendes entre nous. La loi 160 a voulu nous diviser, mais elle n\u2019a pas r\u00e9ussi !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le retrait de la formule Rand posait \u00e9galement un \u00e9norme d\u00e9fi pour la f\u00e9d\u00e9ration. Au total, nous avions perdu 21 mois de cotisations syndicales. C\u2019\u00e9tait beaucoup d\u2019argent ! Ce type de sanction peut facilement faire mourir une organisation syndicale. En r\u00e9action, les infirmi\u00e8res ont fait parvenir des ch\u00e8ques \u00e0 leur syndicat. Elles donnaient volontairement les cotisations qui auraient d\u00fb \u00eatre retenues sur leur paye. Toutefois, comme la perception automatique des cotisations \u00e9tait suspendue, celles qui consid\u00e9raient que le syndicat ne valait pas la peine \u00e9taient libres de ne rien donner. Malgr\u00e9 tout, l\u2019organisation a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 presque toutes les cotisations. Il n\u2019y avait donc pas du tout de d\u00e9mobilisation, au contraire ! Apr\u00e8s la gr\u00e8ve, les infirmi\u00e8res venaient par elles-m\u00eames payer leur cotisation syndicale malgr\u00e9 les sanctions de la loi 160.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce aux diff\u00e9rents gestes de solidarit\u00e9 mis en place, les infirmi\u00e8res ont donc su att\u00e9nuer, voire m\u00eame contrer, chacun des effets pervers de la loi 160. J\u2019en suis tr\u00e8s fi\u00e8re. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 le plus grand tour de force de la FIIQ \u00e0 ses d\u00e9buts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MR : Certaines des sanctions visaient directement les leaders syndicaux. Avez-vous subi, en tant que pr\u00e9sidente de la FIIQ, des r\u00e9percussions de la gr\u00e8ve ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">DL : Lorsque nous avons entam\u00e9 l\u2019arr\u00eat des heures suppl\u00e9mentaires, le Conseil des services essentiels m\u2019a ordonn\u00e9, en tant que pr\u00e9sidente, de lever le mot d\u2019ordre. J\u2019ai refus\u00e9, et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 poursuivie pour outrage au tribunal. J\u2019\u00e9tais passible d\u2019emprisonnement. Je me disais que c\u2019\u00e9tait une possibilit\u00e9, mais je n\u2019y croyais pas vraiment. Je ne suis quand m\u00eame pas une criminelle ! Finalement, le gouvernement n\u2019est pas all\u00e9 jusque-l\u00e0. Il ne voulait pas faire de moi une martyre. Je n\u2019ai m\u00eame pas eu \u00e0 me pr\u00e9senter en cour, puisque les avocats m\u2019ont repr\u00e9sent\u00e9e. Il y aurait eu tout un mouvement d\u2019appui si c\u2019\u00e9tait arriv\u00e9. Il y aurait eu des milliers et des milliers de femmes en blanc de partout au Qu\u00e9bec qui m\u2019auraient accompagn\u00e9e au Palais de justice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan personnel, ce n\u2019est jamais tr\u00e8s facile. J\u2019ai re\u00e7u des menaces de mort. J\u2019ai d\u00fb recourir \u00e0 la protection de gardiens de s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 mon bureau et devant chez moi. \u00c9ventuellement, j\u2019ai d\u00fb quitter ma maison parce qu\u2019il \u00e9tait trop dangereux d\u2019y vivre. Je ne pouvais plus aller sur les lignes de piquetage, parce que c\u2019\u00e9tait risqu\u00e9 de me pr\u00e9senter devant le public. Les pressions, les menaces de mort s\u2019accentuaient. Vous ne pouvez pas imaginer ! Il ne faut pas oublier que les leaders subissent les cons\u00e9quences de toute cette pression jusque dans leur vie personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MP : J\u2019aimerais vous entendre sur la question du f\u00e9minisme. L\u2019analyse f\u00e9ministe a-t-elle jou\u00e9 un r\u00f4le dans la mobilisation des infirmi\u00e8res ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">DL : La f\u00e9d\u00e9ration a toujours eu une orientation f\u00e9ministe. 90% de membres qu\u2019elle repr\u00e9sente sont des femmes. L\u2019une des premi\u00e8res positions politiques, adopt\u00e9e en 1987, \u00e9tait en faveur du droit \u00e0 l\u2019avortement au Qu\u00e9bec. La FIIQ avait aussi pris position en faveur de la reconnaissance des sages-femmes. Nous \u00e9tions \u00e9galement membres de la F\u00e9d\u00e9ration des femmes du Qu\u00e9bec. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela dit, toutes les infirmi\u00e8res ne sont pas des militantes f\u00e9ministes. Le moteur de la mobilisation \u00e9tait surtout la volont\u00e9 d\u2019am\u00e9liorer nos conditions de travail et de redonner ses lettres de noblesse \u00e0 la profession. Le but premier \u00e9tait d\u2019am\u00e9liorer notre sort. Par contre, lorsque l\u2019on r\u00e9clamait une meilleure r\u00e9mun\u00e9ration, l\u2019analyse f\u00e9ministe \u00e9tait toujours en filigrane. Lorsque les infirmi\u00e8res se comparaient avec d\u2019autres professions \u00e0 exigences, comp\u00e9tences et formations \u00e9quivalentes, elles constataient que leur r\u00e9mun\u00e9ration \u00e9tait inf\u00e9rieure. Nous savions que c\u2019\u00e9tait li\u00e9 au fait que notre profession \u00e9tait traditionnellement f\u00e9minine. Prendre soin, comme \u00e9duquer d\u2019ailleurs, a toujours \u00e9t\u00e9 vu comme une extension du r\u00f4le maternel. C\u2019est un travail qui a longtemps \u00e9t\u00e9 accompli par des religieuses. Dans l\u2019imaginaire collectif, il s\u2019agissait d\u2019une vocation. Les femmes effectuaient ce travail par amour du m\u00e9tier. Nous disions : \u00ab on ne paye pas notre loyer avec l\u2019amour du m\u00e9tier ! \u00bb Il nous faut de l\u2019argent pour vivre. Les infirmi\u00e8res donnent un travail de qualit\u00e9 et ont une formation professionnelle de haut niveau : \u00e7a se paye !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MR : L\u2019histoire des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es semble indiquer que les gouvernements ne renonceront pas \u00e0 l\u2019application des lois sp\u00e9ciales. Comment entrevoyez-vous l\u2019avenir des luttes syndicales dans ce contexte ? Croyez-vous que la contestation juridique pourrait \u00eatre une piste de solution ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">DL : Les lois sp\u00e9ciales sont tr\u00e8s dissuasives. Aucun leader syndical n\u2019\u00e9labore une strat\u00e9gie de n\u00e9gociation sans avoir conscience de l\u2019existence de ces lois et du risque qu\u2019elles impliquent. Tout le monde se questionne : \u00ab est-ce raisonnable d\u2019aller en gr\u00e8ve, avec les cons\u00e9quences d\u2019une loi aussi matraque ? \u00bb Sans m\u00eame qu\u2019une loi sp\u00e9ciale ne soit appliqu\u00e9e, la seule menace est dissuasive, et emp\u00eache l\u2019exercice de la n\u00e9gociation. Il n\u2019est m\u00eame plus possible d\u2019arr\u00eater de faire des heures suppl\u00e9mentaires. S\u2019il s\u2019agit d\u2019une action concert\u00e9e, c\u2019est apparent\u00e9 \u00e0 une gr\u00e8ve. On ne peut plus faire grand-chose ! D\u00e9cr\u00e9ter les conditions de travail, d\u00e9cr\u00e9ter&#8230; o\u00f9 est notre rapport de force ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019agit d\u2019un \u00e9norme affaiblissement du mouvement, qui a des effets pervers sur la perception du syndicalisme. Les gens ont raison de se questionner : \u00ab Si le syndicat n\u2019a plus de rapport de force, \u00e0 quoi sert-il ? Pourquoi payer toutes ces cotisations ? Je ferais peut-\u00eatre mieux de n\u00e9gocier mes conditions de travail moi-m\u00eame ! J\u2019aurais peut-\u00eatre plus de succ\u00e8s que dans le cadre d\u2019une organisation impuissante ! \u00bb Avec tous ces effets combin\u00e9s, je pense que nous traversons une \u00e9poque o\u00f9 le syndicalisme et les mouvements de masse sont assez neutralis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 tout, en 1999, les infirmi\u00e8res ont d\u00e9clench\u00e9 une autre gr\u00e8ve ill\u00e9gale. Elle a dur\u00e9 un mois. Historiquement les lois sp\u00e9ciales ne les ont pas frein\u00e9es. Les infirmi\u00e8res sont les seules \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 au bout de leur rapport de force, et \u00e0 avoir d\u00e9fi\u00e9 les lois sp\u00e9ciales. La CSN, la FTQ, et la CSQ, ne se sont jamais rendues l\u00e0. Certains crient fort dans bien des centrales, mais ce sont les infirmi\u00e8res qui vont au front, et ce sont elles qui ont \u00e9cop\u00e9. Mais il n\u2019y a plus de gr\u00e8ves depuis 1999. Les infirmi\u00e8res l\u2019ont v\u00e9cu une fois, puis deux fois, elles s\u2019en souviennent. Elles savent que si elles font gr\u00e8ve, elles vont subir les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses d\u2019une loi sp\u00e9ciale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour ce qui est de la contestation juridique des lois sp\u00e9ciales, je crois qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une piste essentielle. Les droits collectifs et individuels sont fondamentaux dans notre soci\u00e9t\u00e9. Il faut se d\u00e9fendre lorsque ces droits sont menac\u00e9s. Mais les contestations juridiques ont leurs limites : le gouvernement s\u2019en fout, puisque lorsqu\u2019il y a une d\u00e9cision, il n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus au pouvoir. Le juridique intervient apr\u00e8s coup, apr\u00e8s l\u2019application. Id\u00e9alement, il faudrait que le gouvernement n\u2019applique pas de lois sp\u00e9ciales. C\u2019est un enjeu politique : les pressions politiques demeurent donc le principal moyen de changer les choses. Il nous faut des mobilisations, et une plus grande concertation entre les mouvements progressistes. J\u2019aimerais voir un rapprochement entre les centrales syndicales, mais \u00e9galement entre les groupes sociaux qui souhaitent d\u00e9fendre la libert\u00e9 d\u2019expression et de n\u00e9gociation. Les jeunes ont r\u00e9veill\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise lors de la gr\u00e8ve \u00e9tudiante de 2012. C\u2019\u00e9tait rafra\u00eechissant de voir des milliers de personnes sortir spontan\u00e9ment dans la rue tous les soirs. La mobilisation des jeunes a d\u00fb faire l\u2019envie de tous les syndicats ! Les mobilisations, j\u2019y crois beaucoup encore ! <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Troisi\u00e8me entrevue du&nbsp;Dossier sp\u00e9cial : Vieillesse, sant\u00e9, et travail des femmes Diane Lavall\u00e9e est une militante syndicaliste et f\u00e9ministe. 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