{"id":4902,"date":"2018-11-22T14:08:36","date_gmt":"2018-11-22T18:08:36","guid":{"rendered":"https:\/\/chrs.dev.uqam.ca\/?p=4902"},"modified":"2018-11-22T14:36:21","modified_gmt":"2018-11-22T18:36:21","slug":"entretien-avec-caroline-robert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/2018\/11\/22\/entretien-avec-caroline-robert\/","title":{"rendered":"Entretien avec Caroline Robert"},"content":{"rendered":"<p><i><span style=\"font-weight: 400;\"><a href=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/a-propos\/equipe\/membres-etudiants\/caroline-robert\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Caroline Robert<\/a> est candidate au doctorat en histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al (UQAM) sous la direction de Martin Petitclerc et de Jarrett Rudy. \u00a0Ses int\u00e9r\u00eats de recherche portent sur la r\u00e9gulation de l\u2019alcool et les constructions identitaires associ\u00e9es aux pratiques du boire au Qu\u00e9bec au cours des 19<\/span><\/i><i><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><\/i><i><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle et 20<\/span><\/i><i><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><\/i><i><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle.<\/span><\/i> <i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0Sous la supervision de M. Petitclerc, elle a compl\u00e9t\u00e9 un m\u00e9moire de ma\u00eetrise en histoire intitul\u00e9 <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab \u00c0 qui la faute\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0: le second mouvement de temp\u00e9rance au Qu\u00e9bec, l\u2019alcool, la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019\u00c9tat au tournant du XX<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle (1870-1922)<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">. Depuis 2015, Caroline Robert est membre \u00e9tudiante et assistante de recherche au Centre d\u2019histoire des r\u00e9gulations sociales (CHRS) o\u00f9 elle a travaill\u00e9 sur plusieurs projets de g\u00e9or\u00e9f\u00e9rencement. \u00c0 ce titre, elle travaille pr\u00e9sentement sur un projet de collaboration entre le CHRS et l\u2019\u00c9comus\u00e9e du fier monde sur l\u2019histoire de la gestion des probl\u00e8mes sociaux \u00e0 travers les institutions du quartier Centre-Sud \u00e0 Montr\u00e9al. Elle est l\u2019une des deux laur\u00e9ates 2018-2019 de la bourse doctorale du programme de soutien \u00e0 la recherche offerte par Biblioth\u00e8ques et archives nationales du Qu\u00e9bec (BANQ).<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><b>Entrevue par <a href=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/a-propos\/equipe\/membres-etudiants\/benoit-marsan\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Benoit Marsan<\/a><a href=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/commission-des-liquers_1921-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4908 size-medium alignleft\" title=\"Commission des Liqueurs. Tavernes, annonce tir\u00e9e du journal Le Canada, vol. 19, no 108, 8 ao\u00fbt 1921, p. 7.\" src=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/commission-des-liquers_1921-1-223x300.png\" alt=\"Commission des Liqueurs. Tavernes, annonce tir\u00e9e du journal Le Canada, vol. 19, no 108, 8 ao\u00fbt 1921, p. 7.\" width=\"223\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/commission-des-liquers_1921-1-223x300.png 223w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/commission-des-liquers_1921-1.png 551w\" sizes=\"auto, (max-width: 223px) 100vw, 223px\" \/><\/a><br \/>\n<\/b><\/p>\n<p><b>Benoit Marsan (BM)<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: Comment vous \u00eates-vous int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire de la r\u00e9gulation de l\u2019alcool au Qu\u00e9bec ?<\/span><\/p>\n<p><b>Caroline Robert (CR)<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 en administration et en commercialisation de la mode avant d\u2019entreprendre, en 2010, un baccalaur\u00e9at en histoire \u00e0 l\u2019UQAM. Durant mon parcours de premier cycle, j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 un int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 pour l\u2019histoire de l\u2019alcool. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, cette curiosit\u00e9 est apparue \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un cours de recherche o\u00f9 j\u2019ai travaill\u00e9 sur une source primaire \u00e9crite par un p\u00e8re franciscain et qui traitait d\u2019alcoolisme. Au tout d\u00e9but, je me suis surtout int\u00e9ress\u00e9e au th\u00e8me de l\u2019alcool et des femmes. J\u2019ai ensuite approfondi le sujet dans d\u2019autres cours de recherche. Comme j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 une passion pour cette question, j\u2019ai discut\u00e9 avec Martin Petitclerc de la possibilit\u00e9 d\u2019entreprendre sous sa supervision des \u00e9tudes de deuxi\u00e8me cycle. Je viens d\u2019ailleurs de compl\u00e9ter la ma\u00eetrise que j\u2019ai d\u00e9but\u00e9e en 2015. Maintenant, je me consacre \u00e0 un doctorat en histoire, afin d\u2019approfondir mes recherches au sujet de l\u2019alcool dans l\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9coise.<\/span><\/p>\n<p><b>BM<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: Vous avez d\u00e9pos\u00e9 un m\u00e9moire de ma\u00eetrise \u00e0 propos du second mouvement de temp\u00e9rance au Qu\u00e9bec au d\u00e9but du mois de septembre 2018. Pouvez-vous nous pr\u00e9senter ses grandes lignes ?<\/span><\/p>\n<p><b>CR<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: L\u2019objectif de mon m\u00e9moire est d\u2019\u00e9tudier la question de la responsabilit\u00e9 au travers des pratiques reli\u00e9es au boire alcoolique au sein de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise \u00e0 la fin du 19<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle et au d\u00e9but du 20<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle. Pour ce faire, ma recherche se divise en trois volets. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">D\u2019une part, j\u2019identifie et je d\u00e9finis les principaux acteurs du deuxi\u00e8me mouvement de temp\u00e9rance. Tout d\u2019abord, on retrouve du c\u00f4t\u00e9 anglo-protestant la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Dominion Alliance for the Total Suppression of the Liquor Traffic<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> et aussi un acteur f\u00e9minin qui est la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Woman\u2019s Christian Temperance Union<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Ensuite, chez les franco-catholiques, j\u2019\u00e9tudie deux groupes masculins\u00a0: La Ligue antialcoolique de Qu\u00e9bec et de Montr\u00e9al et le comit\u00e9 de temp\u00e9rance de la F\u00e9d\u00e9ration nationale Saint-Jean-Baptiste. L\u2019\u00e9tude de ces diff\u00e9rents mouvements permet de comprendre l\u2019interaction de ces groupes sur l\u2019enjeu de l\u2019alcool au Qu\u00e9bec.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019autre axe du m\u00e9moire s\u2019int\u00e9resse aux diff\u00e9rents aspects du discours antialcoolique. L\u2019analyse de cette rh\u00e9torique aide \u00e0 saisir comment elle participe \u00e0 la construction de certaines identit\u00e9s, notamment celles de genre et de classe. J\u2019\u00e9tudie aussi comment les m\u00e9decins s\u2019approprient le r\u00e9quisitoire contre l\u2019alcool dans le but d\u2019accro\u00eetre leur visibilit\u00e9 publique et d\u2019ainsi parvenir \u00e0 s\u2019accaparer plus de pouvoir au sein de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le dernier aspect concerne les rapports que l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois entretient avec l\u2019alcool. Dans un premier temps, il s\u2019agit d\u2019une question qui est strictement fiscale. Des ann\u00e9es 1870 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1910, la consommation est essentiellement r\u00e9gul\u00e9e \u00e0 travers la licence, qui est l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un permis de vente. Par la suite, on assiste \u00e0 une br\u00e8ve p\u00e9riode de prohibition concernant les spiritueux, de 1919 \u00e0 1921. Finalement, \u00e0 partir de 1921, l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois fonde la Commission des liqueurs de Qu\u00e9bec (CLQ) afin de constituer un monopole \u00e9tatique dans le but de r\u00e9guler la vente et l\u2019usage d\u2019alcool.<\/span><\/p>\n<p><b>BM<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: Dans votre recherche, vous \u00e9tudiez comment le discours antialcoolique contribue \u00e0 construire une repr\u00e9sentation sociale de la classe ouvri\u00e8re et des femmes \u00e0 partir d\u2019un point de vue bourgeois et patriarcal. Quels enjeux sous-tendent cette rh\u00e9torique ?<\/span><\/p>\n<p><b>CR<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: Ce que je tente de d\u00e9montrer dans mon m\u00e9moire est que ce discours repr\u00e9sente une r\u00e9ponse facile de la bourgeoisie vis-\u00e0-vis des causes \u00e9conomiques et sociales de la paup\u00e9risation de la classe ouvri\u00e8re et de la condition inf\u00e9rieure des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9. Le plaidoyer bourgeois contre les boissons alcooliques fait porter le fardeau des probl\u00e8mes sociaux sur les choix des individus. Dans cette logique, l\u2019alcoolisme n\u2019a pas d\u2019origine sociale, mais est reli\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9. Par exemple, en suivant un tel raisonnement, si les ouvriers sont pauvres, c\u2019est qu\u2019ils d\u00e9pensent leurs \u00e9conomies dans la boisson; s\u2019il y a de la d\u00e9linquance juv\u00e9nile, c\u2019est que les m\u00e8res des milieux populaires pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019enivrer plut\u00f4t que d\u2019assumer leur responsabilit\u00e9 maternelle. Ainsi, le discours des \u00e9lites autour de la consommation d\u2019alcool permet de stigmatiser certains groupes sociaux \u00e0 la\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">moralit\u00e9 suppos\u00e9ment douteuse. Au Qu\u00e9bec, comme ailleurs en Occident, il faut attendre le milieu du 20<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle pour qu\u2019on commence \u00e0 consid\u00e9rer les causes sociales de l\u2019alcoolisme, au lieu d\u2019y voir seulement une pathologie propre \u00e0 certaines cat\u00e9gories sociales.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">En ce qui concerne la question sp\u00e9cifique des femmes, d\u2019une part, le discours antialcoolique permet une emprise croissante des m\u00e9decins sur leur corps \u00e0 travers la m\u00e9dicalisation de la maternit\u00e9. On va ainsi encadrer de fa\u00e7on tr\u00e8s normative les pratiques en fonction d\u2019une vision masculine de la puret\u00e9 f\u00e9minine. La consommation d\u2019alcool chez les femmes est diabolis\u00e9e, car on la juge responsable de plusieurs maux, dont la d\u00e9ficience physique ou intellectuelle des enfants, le faible taux de naissances, la d\u00e9linquance juv\u00e9nile, la prostitution, etc. Ceci a pour incidence d\u2019exclure davantage les femmes de la sph\u00e8re publique, car elles doivent de plus en plus se cacher pour boire. D\u2019autre part, bien que les discours fassent \u00e9tat de la relation alcool-violence au sein des m\u00e9nages, ces discours ne remettent jamais en cause la position de subalternes des femmes. Souvent, la violence familiale est pr\u00e9sent\u00e9e comme l\u2019une des cons\u00e9quences de la consommation excessive des hommes, et on n&rsquo;interroge pas vraiment les causes r\u00e9elles de ces comportements. En fait, l\u2019alcool devient le bouc \u00e9missaire, l\u2019explication, encore une fois facile des violences subies par les femmes. Finalement, ce r\u00e9quisitoire ne fait que renforcer certaines conceptions sociales \u00e0 propos des femmes et les st\u00e9r\u00e9otypes patriarcaux qui lui sont associ\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><b>BM<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: Un autre aspect de votre m\u00e9moire est de faire le lien entre l\u2019intervention \u00e9tatique concernant la consommation d\u2019alcool et l\u2019int\u00e9r\u00eat de plus en plus marqu\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 intervenir au sujet de la question sociale. Quels changements ceci occasionne-t-il pour la r\u00e9gulation de l\u2019alcool au sein de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise au d\u00e9but du 20<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle ?<\/span><\/p>\n<p><b>CR<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: Avant la prohibition de 1919, la question de l\u2019alcool est essentiellement fiscale du point de vue de l\u2019\u00c9tat, car elle sert \u00e0 financer ses activit\u00e9s. Au d\u00e9but du 20<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle, avec le discours m\u00e9dical qui gagne en importance et les mouvements prohibitionnistes qui se d\u00e9veloppent, l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois commence \u00e0 se questionner davantage sur les impacts sociaux de cette consommation. Le gouvernement c\u00e8de alors aux forces prohibitionnistes en 1919. Cependant, la prohibition est de courte dur\u00e9e. Effectivement, de 1919 \u00e0 1921, on voit poindre les probl\u00e8mes de la contrebande et de la prolif\u00e9ration de l\u2019alcool frelat\u00e9. De plus, le gouvernement du Qu\u00e9bec se rend compte assez vite des impacts n\u00e9gatifs de la prohibition sur les finances publiques. Dans ce contexte, une r\u00e9flexion s\u2019amorce au sujet du probl\u00e8me de sant\u00e9 publique pos\u00e9 par l\u2019usage de boissons alcooliques. Les pouvoirs publics qu\u00e9b\u00e9cois constatent aussi un peu partout l\u2019\u00e9chec de la prohibition. La solution gouvernementale est donc de cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9tat qui assume le monopole de la vente\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">et de la distribution d\u2019alcool dans la province. Ainsi, on croit \u00eatre en mesure de r\u00e9guler plus efficacement ce commerce.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019entr\u00e9e en vigueur de la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Loi sur les boissons alcooliques<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> en mai 1921 a pour effet de resserrer les pratiques de consommation qui \u00e9taient d\u2019ailleurs de plus en plus encadr\u00e9es depuis 1920. D\u00e9sormais, le fardeau de la r\u00e9gulation n\u2019appartient plus seulement aux taverniers, mais aussi \u00e0 l\u2019\u00c9tat. \u00c0 cet effet, on met en place une police sp\u00e9ciale qui veille \u00e0 la conformit\u00e9 des pratiques dans le cadre de cette loi.<\/span><\/p>\n<p><b>BM\u00a0<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">: Dans le contexte des d\u00e9bats sur la l\u00e9galisation du cannabis et la cr\u00e9ation de la Soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise du cannabis (SQDC), croyez-vous qu\u2019il est possible de d\u00e9celer certaines similitudes au sujet d\u2019aspects \u00e9tudi\u00e9s dans vos recherches de ma\u00eetrise ?<\/span><\/p>\n<p><b>CR\u00a0<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">: Tout d\u2019abord, ce que j\u2019aimerais que les gens retiennent de la lecture de mon m\u00e9moire, c\u2019est surtout le contexte de panique morale autour de la consommation de l\u2019alcool au Qu\u00e9bec au tournant du 20<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle. On assiste actuellement \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne comparable autour de la question du cannabis. Cependant, \u00e0 la suite de la cr\u00e9ation de la CLQ en 1921, la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise ne s\u2019est pas \u00e9croul\u00e9e\u00a0: la population ne s\u2019est pas mise \u00e0 boire davantage ni \u00e0 sombrer dans la d\u00e9bauche ! Si l\u2019on regarde certains textes du d\u00e9but du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent et qu\u2019on substitue quelques mots et lieux, on retrouve des similitudes avec les r\u00e9quisitoires actuels contre la l\u00e9galisation du cannabis. Bien que la formulation de parall\u00e8les historiques comporte des limites, c\u2019est quand m\u00eame fascinant de constater de telles concordances.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Un autre aspect que l\u2019on peut comparer entre les deux situations, est que de fa\u00e7on hypoth\u00e9tique, on risque d\u2019observer une lib\u00e9ralisation progressive de la vente du cannabis tout comme ce fut le cas \u00a0avec l\u2019alcool. L\u2019exp\u00e9rience d\u2019une succursale de la CLQ dans les ann\u00e9es 1920 n\u2019a rien \u00e0 voir avec celle d\u2019un point de vente de la Soci\u00e9t\u00e9 des alcools du Qu\u00e9bec (SAQ) en 2018. \u00c0 l\u2019origine, on p\u00e9n\u00e8tre dans un espace aust\u00e8re avec un commis derri\u00e8re un comptoir grillag\u00e9 \u00e0 qui l\u2019on commande ses produits. Le client commande le produit \u00e0 partir d\u2019une liste de prix affich\u00e9s sobrement et comportant tr\u00e8s peu de choix. Les bouteilles ne sont pas \u00e9tiquet\u00e9es et sont remises \u00e0 la client\u00e8le dans un sac en papier brun \u00e0 travers le grillage. Ceci repr\u00e9sente une exp\u00e9rience d\u2019achat qui se rapproche quelque peu de ce que l\u2019on voit actuellement dans une succursale de la SQDC. En effet, tout comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la CLQ, la marchandise n\u2019est pas directement accessible aux consommateurs, ce qui emp\u00eache de la toucher, de la regarder ou de la sentir. D\u2019apr\u00e8s moi, au fur et \u00e0 mesure que le cannabis va devenir culturellement et socialement accept\u00e9, les pratiques de vente et de consommation vont se lib\u00e9raliser tout comme on le constate avec l\u2019alcool au cours du 20<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle.<\/span><\/p>\n<p><b>BM<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: Vous \u00eates laur\u00e9ate de la bourse doctorale de soutien \u00e0 la recherche 2018-2019 offerte par Biblioth\u00e8ques et archives nationales du Qu\u00e9bec. Tout d\u2019abord, f\u00e9licitations ! Ensuite, votre projet doctoral vise \u00e0 poursuivre vos recherches \u00e0 propos de l\u2019histoire de l\u2019alcool au Qu\u00e9bec. Pouvez-vous nous entretenir davantage \u00e0 ce sujet ?<\/span><\/p>\n<p><b>CR<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: Je poursuis mes recherches doctorales l\u00e0 o\u00f9 s\u2019arr\u00eatent mes travaux de ma\u00eetrise, c\u2019est-\u00e0-dire en 1921 avec la fondation de la CLQ. Mon objectif est d\u2019\u00e9tudier comment \u00e9volue la r\u00e9gulation \u00e9tatique de l\u2019alcool de 1921 \u00e0 1990. Il faut comprendre qu\u2019en 1921, on a un contexte de vente et de consommation d\u2019alcool tr\u00e8s restrictif. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1960, on assiste \u00e0 des changements l\u00e9gislatifs et la CLQ devient la R\u00e9gie des alcools du Qu\u00e9bec. Ceci entra\u00eene une lib\u00e9ralisation graduelle de la vente des boissons alcooliques. Celle-ci se poursuit dans les ann\u00e9es 1970 avec la naissance de la SAQ. D\u00e8s 1990, la lib\u00e9ralisation passe \u00e0 un autre stade, alors que l\u2019institution prend un tournant clairement commercial. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Conjointement \u00e0 cette \u00e9volution, l\u2019\u00c9tat se d\u00e9sinvestit de la question de la consommation. Il faut rappeler que, des ann\u00e9es 1920 \u00e0 1960, il existe au Qu\u00e9bec une police sp\u00e9ciale, la police des liqueurs, qui a un pouvoir immense pour faire respecter les normes et les lois en mati\u00e8re d\u2019usage et de vente d\u2019alcool. En 1960, celle-ci est int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 nationale, l\u2019anc\u00eatre de la S\u00fbret\u00e9 du Qu\u00e9bec, et devient simplement une de ses divisions. Ceci marque une approche moins r\u00e9pressive. Par la suite, le d\u00e9sengagement de l\u2019\u00c9tat en mati\u00e8re de r\u00e9gulation de la consommation va s\u2019accro\u00eetre. De nos jours, cette question est entre les mains d\u2019organismes parapublics ou priv\u00e9s comme \u00c9duc\u2019alcool, Nez rouge, la fondation Jean Lapointe, les Alcooliques anonymes, etc. Bref, l\u2019\u00c9tat ne s\u2019immisce plus directement dans la r\u00e9gulation de l\u2019usage de boissons alcooliques. Ma recherche doctorale cherche \u00e0 comprendre cette \u00e9volution. En fait, il est assez paradoxal de constater que, bien que l&rsquo;on con\u00e7oive aujourd\u2019hui que l\u2019alcoolisme soit un probl\u00e8me de sant\u00e9 publique, l\u2019\u00c9tat se d\u00e9sengage de plus en plus et remet la gestion de celui-ci entre les mains d\u2019institutions priv\u00e9es. Il s\u2019agit d\u2019un non-sens, car je crois que ce probl\u00e8me de sant\u00e9 publique et de pr\u00e9vention devrait \u00eatre trait\u00e9 par l\u2019entremise d\u2019institutions publiques. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Finalement, mon projet doctoral poursuit aussi l\u2019objectif plus large d\u2019\u00e9tudier, \u00e0 travers la question de l\u2019alcool, la formation de l\u2019\u00c9tat qu\u00e9b\u00e9cois. La th\u00e9matique de l\u2019alcool peut para\u00eetre banale et quasi anecdotique \u00e0 certains. Par contre, lorsqu\u2019on se penche sur la question, il devient tr\u00e8s clair qu\u2019on peut y saisir d\u2019importantes dynamiques sociales. En suivant l\u2019implication de l\u2019\u00c9tat dans la r\u00e9gulation de l\u2019alcool, il est ainsi possible de d\u00e9celer les changements dans le r\u00f4le qui lui est d\u00e9volu au sein de la soci\u00e9t\u00e9. <\/span><\/p>\n<p><b>BM\u00a0<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">: Vous avez coorganis\u00e9 le colloque Vice et criminalit\u00e9 qui s\u2019est tenu \u00e0 \u00a0l\u2019UQAM en 2017. Pouvez-vous nous entretenir de cet \u00e9v\u00e9nement et de ses retomb\u00e9es ?<\/span><\/p>\n<p><b>CR<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0: \u00c0 la suite d\u2019une journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude du CHRS organis\u00e9 avec Am\u00e9lie Grenier, une autre membre \u00e9tudiante du Centre, nous avons d\u00e9cid\u00e9, en collaboration avec Donald Fyson et Martin Petitclerc, d\u2019organiser un colloque sur la question du vice et de la criminalit\u00e9. Pendant deux jours, plusieurs chercheurs et chercheuses du Qu\u00e9bec, du Canada et des \u00c9tats-Unis ont pr\u00e9sent\u00e9 le fruit de leurs recherches dans ce domaine. Il va sans dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un exercice stimulant qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 de nombreux \u00e9changes et r\u00e9flexions sur des enjeux reli\u00e9s au vice et \u00e0 la criminalit\u00e9. D\u2019ailleurs, nous travaillons actuellement \u00e0 la publication d\u2019un num\u00e9ro sp\u00e9cial du <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Bulletin d\u2019histoire politique<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> pour faire suite au colloque. Les articles sont pr\u00e9sentement \u00e0 l\u2019\u00e9tape de l\u2019\u00e9valuation et de la correction. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un dossier \u00e0 suivre !<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Caroline Robert est candidate au doctorat en histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al (UQAM) sous la direction de Martin Petitclerc et de Jarrett Rudy. \u00a0Ses int\u00e9r\u00eats de recherche portent&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4903,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[32,35],"class_list":["post-4902","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-blogue","tag-benoit-marsan","tag-caroline-robert"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4902","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4902"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4902\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4903"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4902"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4902"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4902"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}