{"id":2117,"date":"2016-07-04T18:52:04","date_gmt":"2016-07-04T17:52:04","guid":{"rendered":"http:\/\/chrs.cieq.ca\/?p=2117"},"modified":"2023-05-09T14:17:03","modified_gmt":"2023-05-09T18:17:03","slug":"isabelle-perreault","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/2016\/07\/04\/isabelle-perreault\/","title":{"rendered":"Entretien avec Isabelle Perreault"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><i><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2130 size-large\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/question_sociale_bandeau-1024x359.jpg\" width=\"740\" height=\"259\" srcset=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/question_sociale_bandeau.jpg 1024w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/question_sociale_bandeau-300x105.jpg 300w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/question_sociale_bandeau-768x269.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 740px) 100vw, 740px\" \/>Isabelle Perreault est historienne professeure adjointe au d\u00e9partement de criminologie de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa. Elle est membre du projet de recherche <\/i><a href=\"http:\/\/sciencessociales.uottawa.ca\/suicide\/\"><span class=\"s2\"><i>Sociologie historique du suicide au Qu\u00e9bec, 1763-2000<\/i><\/span><\/a><i>.<\/i><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Propos recueillis et mis en forme par Martin Robert, en vue&nbsp;de&nbsp;la communication qui aura lieu le 2&nbsp;septembre&nbsp;\u00e0 13 h 30 intitul\u00e9e \u00ab <a href=\"http:\/\/questionsociale.uqam.ca\/?p=129\"><span class=\"s2\">Les d\u00e9bats moraux autour des projets de lois sur l\u2019avortement et la tentative de suicide au Canada, 1969-1972<\/span><\/a>&nbsp;\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Martin Robert : Pourquoi penser ensemble suicide et avortement\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Isabelle Perreault : Bien s\u00fbr, la question du suicide et celle de l\u2019avortement sont diff\u00e9rentes, entre autres parce que le f\u0153tus n\u2019est plus consid\u00e9r\u00e9 comme une personne juridique dans le droit canadien, il n\u2019a donc pas les droits reconnus \u00e0 une personne. Le suicide concerne des personnes juridiques r\u00e9put\u00e9es rationnelles. Pourquoi penser ensemble le suicide et l\u2019avortement\u2009? Parce que souvent, les personnes qui sont pour l\u2019avortement sont aussi contre le suicide, ce qui peut sembler paradoxal. J\u2019ai voulu comprendre pourquoi. Politiquement parlant, je suis pro-choix dans les deux cas, mais par mes recherches, je cherche moins \u00e0 justifier l\u2019avortement ou le suicide qu\u2019\u00e0 savoir comment on les a con\u00e7us dans l\u2019histoire.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Comment cette r\u00e9flexion s\u2019inscrit-elle dans votre parcours de chercheure\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">IP : D\u2019autres chercheurs, surtout en philosophie depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, reparlent du concept de \u00ab&nbsp;biopolitique&nbsp;\u00bb. Par exemple Judith Butler dans <i>Precarious life: the powers of mourning and violence (2004)<\/i>, Giorgio Agamben dans <i>Homo Sacer. I, Le pouvoir souverain et la vie nue<\/i> (1997) et <i>Homo Sacer, IV, 2, L\u2019Usage des corps<\/i> (2015) ou encore Roberto Esposito dans <i>B\u00ecos: Biopolitics and Philosophy<\/i> (2008). Ces auteurs, pour ne nommer qu\u2019eux, me permettent de mieux penser les rapports entre les formes de vie, la mort et l\u2019\u00c9tat. La question des options de vie (terme utilis\u00e9 par Alvaro Pirez) se rattache \u00e0 un plus vaste projet sur le corps, soit la question de la libert\u00e9 de faire ce que l\u2019on veut avec notre corps et par cons\u00e9quent sur le rapport entre l\u2019\u00c9tat et la r\u00e9gulation politique des individus et\/ou la r\u00e9gulation juridique des corps. Pourquoi l\u2019\u00c9tat s\u2019ing\u00e8re-t-il dans la gestion, r\u00e9gule-t-il les corps de ses citoyens lorsqu\u2019il est question de comportements qui rel\u00e8vent de la morale personnelle ? Comment penser la libert\u00e9 qu\u2019ont (ou pourraient avoir) les individus \u00e0 performer des pratiques qui n\u2019impliquent que leurs propres corps\u2009? En ce moment, je me concentre plut\u00f4t sur les archives officielles, comme les d\u00e9bats parlementaires et les jugements de la Cour supr\u00eame, et sur les archives des mouvements militants qu\u2019ils soient pour ou contre l\u2019avortement et le suicide. En parall\u00e8le, je suis \u00e9galement en train de lire la litt\u00e9rature sur le statut de personne juridique car les individus qui vivent sur un territoire donn\u00e9 (\u00c9tat) ne sont pas n\u00e9cessairement reconnus comme des personnes en tant que telles. On sait par exemple que l\u2019\u00c9tat a r\u00e9gul\u00e9, par la st\u00e9rilisation, les corps de certains humains qui n\u2019avaient pas le statut de personne juridique (femmes, autochtones, d\u00e9ficients mentaux). Y a-t-il une diff\u00e9rence dans l\u2019application des politiques \u00e9tatiques selon que l\u2019on soit reconnu comme une personne ou non&nbsp;? Quelles sont les cons\u00e9quences de la Charte des droits de la personne sur la mani\u00e8re dont on pense les comportements individuels&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 par exemple le livre du juriste Jean-Pierre Baud, <i>L\u2019Affaire de la main vol\u00e9e. Une histoire juridique du corps <\/i>(1993). Si quelqu\u2019un trouve une main coup\u00e9e par terre et d\u00e9cide de la prendre, est-ce un crime contre la personne ou contre la propri\u00e9t\u00e9\u2009? Est-ce une profanation de cadavre ou le vol d\u2019un bien\u2009? Pour la plupart des \u00c9tats dans le monde, il s\u2019agirait d\u2019un crime contre la propri\u00e9t\u00e9 au sens du droit. Le corps, c\u2019est toujours \u00e0 la fois quelque chose et quelqu\u2019un. On pourrait faire une histoire semblable par exemple avec l\u2019histoire des esclaves, qui \u00e9taient autrefois des propri\u00e9t\u00e9s et qui sont ensuite devenus des personnes. Qu\u2019est-ce que \u00e7a implique&nbsp;? Comment penser historiquement que le corps humain, vivant ou mort, puisse \u00eatre une chose ou une personne selon un espace\/temps d\u00e9termin\u00e9&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Pourquoi, comme historienne, \u00e9tudier le corps\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">IP : C\u2019est le point commun entre mes diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats de recherche. Mais les mots-cl\u00e9s qui d\u00e9finissent le mieux mes int\u00e9r\u00eats de recherche, c\u2019est la libert\u00e9, la responsabilit\u00e9, la biopolitique. Pour l\u2019instant, je m\u2019int\u00e9resse davantage \u00e0 ce qu\u2019on fait avec son propre corps et non pas avec le corps des autres. J\u2019interroge ces pratiques en parall\u00e8le avec les notions d\u2019intention et de rationalit\u00e9. J\u2019ai d\u2019abord fait ma ma\u00eetrise <a href=\"http:\/\/virtuolien.uqam.ca\/tout\/UQAM_BIB000202580\"><span class=\"s2\">sur les discours normatifs sur la sexualit\u00e9 conjugale au Qu\u00e9bec<\/span><\/a>, pour ensuite m\u2019int\u00e9resser au doctorat <a href=\"https:\/\/www.ruor.uottawa.ca\/bitstream\/10393\/29937\/1\/NR61382.PDF\"><span class=\"s2\">aux comportements transgressifs li\u00e9s \u00e0 des troubles mentaux<\/span><\/a>, et ce, \u00e0 partir des archives de l\u2019h\u00f4pital Saint-Jean-de-Dieu dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<\/span><span class=\"s3\">e<\/span><span class=\"s1\"> si\u00e8cle. En mati\u00e8re de sexualit\u00e9, on prescrivait explicitement aux gens comment avoir des relations sexuelles (monogames et procr\u00e9atives), quoi faire, quoi ne pas faire avec leur corps (et le consentement de l\u2019autre). En psychiatrie, on restreignait le corps \u00ab&nbsp;d\u00e9rangeant&nbsp;\u00bb en le mettant hors de vue, \u00e0 l\u2019asile. Il y toujours cette pr\u00e9sence des corps.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Dans votre recherche sur le suicide, qu\u2019est-ce qui vous int\u00e9resse surtout\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">IP : Pour ce projet, celui sur le suicide, je m\u2019int\u00e9resse surtout au \u00ab&nbsp;set-up&nbsp;\u00bb des suicidants et suicid\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la mani\u00e8re dont les individus qui s\u2019enl\u00e8vent la vie \u00ab&nbsp;agissent&nbsp;\u00bb leur mort selon des scripts suicidaires qui s\u2019inscrivent eux aussi dans le temps et dans l\u2019espace.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Les scripts\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">IP : <a href=\"http:\/\/www.payot-rivages.net\/livre_Les-Scripts-de-la-sexualite--John-H-Gagnon_ean13_9782228902977.html\"><span class=\"s2\">La th\u00e9orie des scripts<\/span><\/a> vient du sociologue am\u00e9ricain John Gagnon. Gagnon a entrepris dans les ann\u00e9es 1950-60 de faire une sociologie des comportements sexuels. Je me suis int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 lui en \u00e9tudiant la sexualit\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es. Il a utilis\u00e9 le concept de scripts pour montrer la force des contingences historiques, notamment, lorsqu\u2019il est question de comportements sexuels. Les gens ne se comportent g\u00e9n\u00e9ralement que selon les informations qu\u2019ils ont pu glaner ici et l\u00e0 tout au cours de leurs vies. Il n\u2019y a donc pas beaucoup d\u2019originaux, de marginaux en mati\u00e8re de sexualit\u00e9. On peut ainsi dire qu\u2019il n\u2019y a pas beaucoup de grands inventeurs qui proposent, \u00e0 leur insu ou non, de nouvelles mani\u00e8res de faire, dans ce cas-ci de mani\u00e8res d\u2019avoir une vie sexuelle active.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Avec mon coll\u00e8gue en \u00e9tudes litt\u00e9raires, Alex Gagnon, nous avons eu l\u2019id\u00e9e d\u2019appliquer cette th\u00e9orie des scripts au suicide et de chercher \u00e0 voir une certaine r\u00e9gularit\u00e9 suicidaire. Les gens s\u2019enl\u00e8vent la vie \u00e0 peu pr\u00e8s toujours de la m\u00eame mani\u00e8re. Je pensais depuis un certain temps \u00e0 importer les th\u00e9ories goffmaniennes \u00e0 l\u2019\u00e9tude du suicide mais mon coll\u00e8gue Alex m\u2019a alors fait remarquer que pour Goffman, la repr\u00e9sentation de soi implique la pr\u00e9sence d\u2019un public (et d\u2019une interaction avec ce dernier) alors que le suicide est un geste (d\u2019ordinaire) que l\u2019on ex\u00e9cute en solo. Tu te donnes la mort seul, le public est post-mortem (police, famille, etc.). En lisant les enqu\u00eates du coroner, on a cherch\u00e9 \u00e0 y lire les traces d\u2019une certaine \u00ab&nbsp;mise en sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb. Certains individus ont clairement pens\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re de partir, alors que pour d\u2019autres, le geste semble plus impulsif. Les traces que nous retrouvons dans un cas comme dans l\u2019autre nous donnent \u00e0 penser que les gens se suicident selon ce qu\u2019ils d\u00e9finissent comme \u00e9tant un suicide suivant un certain imaginaire social et culturel. De la m\u00eame mani\u00e8re, les acteurs du syst\u00e8me de justice (les coroners par exemple) liront un suicide selon des codes partag\u00e9s, qui impliquent \u00e0 la fois des variables sociales (histoire de vie du suicid\u00e9) et des variables administratives (le droit p\u00e9nal). Comme pour la sexualit\u00e9, il y a tr\u00e8s peu d\u2019excentriques en mati\u00e8re de comportement suicidaire. Notre hypoth\u00e8se, c\u2019est donc que les gens se suicident toujours selon l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils se font de ce que doit \u00eatre un suicide \u00ab&nbsp;id\u00e9al&nbsp;\u00bb. Nous avons \u00e9tudi\u00e9 cette r\u00e9gularit\u00e9 \u00e0 partir des cas qui posent probl\u00e8me, comme si l\u2019exception confirmait la r\u00e8gle en quelque sorte.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Voulez-vous remettre en cause les fronti\u00e8res de ce qu\u2019on appelle le suicide\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">IP : Oui. Certains suicides sont plus \u00e9vidents que d\u2019autres, ils r\u00e9pondent \u00e0 plusieurs codes associ\u00e9s au suicide (seul, chez soi, par pendaison dans le sous-sol ou intoxication dans la chambre \u00e0 coucher). Si le suicide est ambigu, la d\u00e9finition que le coroner va faire du d\u00e9c\u00e8s va \u00e9galement d\u00e9pendre de l\u2019histoire personnelle de l\u2019individu. Par exemple, si un individu a un diagnostic psychiatrique, on a tendance \u00e0 inscrire son suicide dans un curriculum de vie qui \u00ab&nbsp;va de soi&nbsp;\u00bb. Dans ces cas, c\u2019est donc plus l\u2019histoire de la vie du suicid\u00e9 qui va expliquer son d\u00e9c\u00e8s que la mani\u00e8re dont il s\u2019enl\u00e8ve la vie. Selon moi, \u00e0 la lecture des archives, ce n\u2019est pas \u00e9vident de d\u00e9terminer qu\u2019un d\u00e9c\u00e8s est un suicide, un homicide ou un accident si on ne l\u2019inscrit pas dans une logique script\u00e9e d\u2019avance tant par les suicid\u00e9s eux-m\u00eames que par les personnes appel\u00e9es \u00e0 en rendre compte.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Avec Jean-Fran\u00e7ois Cauchie et Patrice Corriveau, nous avons le projet d\u2019interroger les premiers appelants sur les sc\u00e8nes de d\u00e9c\u00e8s, comme les coroners, les policiers, les ambulanciers, pour savoir comment ils lisent les d\u00e9c\u00e8s, particuli\u00e8rement les suicides \u00ab&nbsp;hors normes&nbsp;\u00bb. Dans quelles conditions vont-ils conclure qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un accident, par exemple dans les cas d\u2019adolescents qu\u2019on retrouve pendus apr\u00e8s un jeu d\u2019asphyxie\u2009? On constate aussi que les enqu\u00eates sont plus pouss\u00e9es lors de suicides extr\u00eamement violents perform\u00e9s par des femmes ou encore lorsque les suicid\u00e9s ont un dossier judiciaire, etc. Bref, ces d\u00e9c\u00e8s font l\u2019objet d\u2019enqu\u00eates plus approfondies pour des raisons li\u00e9es au genre ou au pass\u00e9 \u00ab&nbsp;criminel&nbsp;\u00bb des individus. Il s\u2019agit ici de s\u2019int\u00e9resser aux cas qui \u00ab&nbsp;posent probl\u00e8me&nbsp;\u00bb. Si le coroner se gratte la t\u00eate, c\u2019est probablement parce que ce cas-l\u00e0 d\u00e9vie de la r\u00e9gularit\u00e9 suicidaire (l\u2019annonce \u00e0 la famille influencerait aussi le verdict et plusieurs coroners auraient pour habitude d\u2019\u00e9mettre des verdicts ouverts dans certains cas bien pr\u00e9cis).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Quels sont vos autres projets pour la suite\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">IP : Je travaille sur la photographie. J\u2019ai r\u00e9cemment pr\u00e9sent\u00e9, \u00e0 Calgary, une communication sur les photographies prises sur les sc\u00e8nes de suicide et que l\u2019on retrouve dans les enqu\u00eates du coroner. J\u2019explorais le malaise que l\u2019on peut avoir en tant que chercheurs \u00e0 \u00ab&nbsp;montrer&nbsp;\u00bb certaines photos par crainte d\u2019une r\u00e9action trop forte du public. J\u2019ai en effet un probl\u00e8me en tant que chercheure \u00e0 utiliser ces images que je qualifie de \u00ab&nbsp;gores&nbsp;\u00bb. J\u2019ai montr\u00e9 lors de cette pr\u00e9sentation la photo d\u2019une personne d\u00e9c\u00e9d\u00e9e provenant d\u2019une enqu\u00eate de suicide. Puis, j\u2019ai montr\u00e9 un dessin r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir de cette photo (dessin par Isabel McDonald). M\u00eame si tout le monde savait bien qu\u2019une photo est construite par l\u2019appareil, par le photographe, par le proc\u00e9d\u00e9 de d\u00e9veloppement, etc., autrement dit, qu\u2019elle ne nous fait pas acc\u00e9der \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 en tant que telle, certaines personnes pr\u00e9sentes ont ressenti plus de \u00ab&nbsp;douleurs&nbsp;\u00bb \u00e0 voir la photo que le dessin. Je veux tenter de comprendre pourquoi ces images posent probl\u00e8me alors que d\u2019autres (les camps de la mort par exemple) n\u2019en posent pas. C\u2019est ce qui m\u2019a aussi donn\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019une bande dessin\u00e9e sur le suicide, un projet que j\u2019entends mener avec mon ancien directeur de th\u00e8se, Andr\u00e9 Cellard.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">*Cette entrevue sera&nbsp;<a href=\"http:\/\/histoireengagee.ca\/?p=5569\"><span class=\"s2\">publi\u00e9e simultan\u00e9ment sur le site d\u2019Histoire engag\u00e9e<\/span><\/a>&nbsp;dans&nbsp;<a href=\"http:\/\/histoireengagee.ca\/?page_id=5388\"><span class=\"s2\">une section d\u00e9di\u00e9e au colloque<\/span><\/a>.&nbsp;<a href=\"http:\/\/histoireengagee.ca\/\"><span class=\"s2\">HistoireEngagee.ca<\/span><\/a>&nbsp;est un site Internet soucieux de commenter l\u2019actualit\u00e9 dans une perspective historique. \u00c0 cet effet, il propose des blogues, de courts articles et du contenu multim\u00e9dia abordant des enjeux propres au Canada, au Qu\u00e9bec et \u00e0 la sc\u00e8ne internationale, inspir\u00e9s par une d\u00e9marche historienne rigoureuse dans un style accessible.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Isabelle Perreault est historienne professeure adjointe au d\u00e9partement de criminologie de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa. 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