{"id":2111,"date":"2016-07-26T18:45:40","date_gmt":"2016-07-26T17:45:40","guid":{"rendered":"http:\/\/chrs.cieq.ca\/?p=2111"},"modified":"2017-05-04T12:40:29","modified_gmt":"2017-05-04T16:40:29","slug":"caroline-durand","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/2016\/07\/26\/caroline-durand\/","title":{"rendered":"Entretien avec Caroline Durand"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><i><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2130 size-large\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/question_sociale_bandeau-1024x359.jpg\" width=\"740\" height=\"259\" srcset=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/question_sociale_bandeau.jpg 1024w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/question_sociale_bandeau-300x105.jpg 300w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/question_sociale_bandeau-768x269.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 740px) 100vw, 740px\" \/>Gr\u00e2ce \u00e0 son ouvrage r\u00e9cent, <\/i><a href=\"http:\/\/www.mqup.ca\/nourrir-la-machine-humaine-products-9780773544888.php\"><span class=\"s2\"><i>Nourrir la machine humaine (2015)<\/i><\/span><\/a><i>, Caroline Durand est reconnue comme la sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire politique de la construction des normes associ\u00e9es \u00e0 la bonne alimentation au Canada. Sa pr\u00e9sentation s\u2019inscrira dans une s\u00e9ance sur les politiques du corps dans les ann\u00e9es\u00a01960 \u00e0 1970. L\u2019historienne abordera la question sociale du point de vue de l\u2019alimentation et de la sant\u00e9 et explorera, plus particuli\u00e8rement, l\u2019\u00e9volution des pratiques de consommation \u00e0 la lumi\u00e8re de nouvelles exigences normatives associ\u00e9es \u00e0 la comp\u00e9tence citoyenne. Derri\u00e8re la panoplie de discours normatifs ciblant avec une intensit\u00e9 nouvelle \u00ab\u00a0le consommateur\u00a0\u00bb de denr\u00e9es alimentaires et l\u2019enjoignant \u00e0 cultiver sa sant\u00e9, on peut lire un projet politique et comprendre comment se r\u00e9organise le lien entre l\u2019\u00c9tat et le corps de ses citoyens<\/i><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Propos recueillis et mis en forme par Martin Robert, en vue\u00a0de la communication qui aura lieu le 2 septembre\u00a0\u00e0 13 h 30 intitul\u00e9e \u00ab <a href=\"http:\/\/questionsociale.uqam.ca\/?p=160\"><span class=\"s2\">Consommateur averti, citoyen comp\u00e9tent, individu bien nourri? Alimentation, consommation et nutrition durant les ann\u00e9es 1970<\/span><\/a> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Martin Robert : Comment cette id\u00e9e de communication s\u2019inscrit-elle dans vos recherches\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Caroline Durand : Le point de d\u00e9part de mon id\u00e9e de communication, c\u2019est l\u2019instauration par le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral en 1973 d\u2019une commission d\u2019enqu\u00eate, <i>La commission de surveillance du prix des produits alimentaires<\/i> pour r\u00e9pondre \u00e0 une pression sociale qui se plaignait de la hausse du co\u00fbt de la vie. On sort du front commun de 1972, les mouvements sociaux ont des discours extr\u00eamement militants, tr\u00e8s radicaux. Le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral tente de calmer les ardeurs et cette commission d\u2019enqu\u00eate est une des mani\u00e8res par lesquelles il tente de montrer qu\u2019il se pr\u00e9occupe de la hausse du co\u00fbt de la vie. Cette commission a publi\u00e9 une soixantaine de rapports, dont certains s\u2019adressent directement \u00e0 la population et formulent une s\u00e9rie de discours normatifs sur les mani\u00e8res d\u2019\u00eatre un bon consommateur dans la soci\u00e9t\u00e9 de consommation moderne.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Dans quel contexte \u00e9conomique s\u2019inscrivaient ces revendications\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">CD : Il faut souligner l\u2019intensit\u00e9 de la crise \u00e9conomique qui secoue les ann\u00e9es\u00a01970\u00a0: c\u2019est la plus grave depuis les ann\u00e9es\u00a01930, et elle se caract\u00e9rise \u00e0 la fois par une forte inflation et par un taux de ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9. C\u2019est ce qui explique l\u2019intensit\u00e9 du m\u00e9contentement au sujet du prix des aliments. La\u00a0radicalisation du mouvement syndical est un autre \u00e9l\u00e9ment important du contexte. Depuis les ann\u00e9es\u00a01960, le syndicalisme est beaucoup plus militant et analyse la situation \u00e9conomique en se fondant sur des th\u00e9ories marxistes qui contestent les fondements du syst\u00e8me \u00e9conomique et politique. Je crois que cela joue sur le d\u00e9bat concernant le prix des aliments\u00a0: certaines analyses de la situation sont irr\u00e9conciliables parce qu\u2019elles sont fond\u00e9es sur des id\u00e9es politiques et \u00e9conomiques oppos\u00e9es. Le gouvernement de Pierre-Elliott Trudeau \u00e9tait contest\u00e9 par plusieurs acteurs sociaux et politiques. Pas seulement par les n\u00e9o-nationalistes qu\u00e9b\u00e9cois, mais aussi par les gens de la gauche, plusieurs manifestant leur d\u00e9ception face \u00e0 un premier ministre pas aussi progressiste qu\u2019ils l\u2019esp\u00e9raient \u2014 voir par exemple\u00a0\u00e0 ce sujet <a href=\"https:\/\/qspace.library.queensu.ca\/handle\/1974\/13376\"><span class=\"s2\">la th\u00e8se de Christo Aivalis<\/span><\/a>. Le\u00a0gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a donc\u00a0\u00e9t\u00e9 vigoureusement interpell\u00e9 et vertement critiqu\u00e9 au sujet des mesures apport\u00e9es \u00e0 la crise. Si on demande au gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, plut\u00f4t qu\u2019aux provinces, d\u2019intervenir sur le prix de l\u2019alimentation, c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019on se souvient qu\u2019il l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait en temps de guerre. Durant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, Ottawa exer\u00e7ait un contr\u00f4le du prix des aliments. Le prix de certains aliments a \u00e9t\u00e9 contr\u00f4l\u00e9 jusqu\u2019en 1947 et dans quelques cas, jusqu\u2019en 1949. Ensuite, plusieurs organisations qui seraient potentiellement impliqu\u00e9es dans le contr\u00f4le du prix des aliments sont nationales (par exemple, la Commission canadienne du bl\u00e9). Enfin, une partie du commerce des aliments est international et les relations internationales sont de comp\u00e9tence f\u00e9d\u00e9rale.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Envisagez-vous ces travaux comme une histoire de la cat\u00e9gorie de \u00ab\u00a0consommateur\u00a0\u00bb\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">CD : Absolument. L\u2019alimentation fait partie de la mani\u00e8re dont, dans le monde moderne, on a une image de ce que c\u2019est qu\u2019un consommateur. Une chose qui m\u2019a frapp\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 maintenant c\u2019est \u00e0 quel point on distingue tr\u00e8s fortement le consommateur du producteur. Par exemple, <i>La commission de surveillance du prix des produits alimentaires<\/i>, quand elle parle des agriculteurs, ces gens-l\u00e0 ne sont que des producteurs. C\u2019est comme si les fermiers ne mangeaient pas. Puis, le consommateur, c\u2019est quelqu\u2019un qui est incapable de faire pousser une tomate\u2009! Je pense qu\u2019en consid\u00e9rant les discours sur l\u2019alimentation de mani\u00e8re plus globale, on voit comment on construisait l\u2019image d\u2019un consommateur comme quelqu\u2019un qui doit se comporter d\u2019une certaine mani\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Vous mentionnez la dimension de genre dans votre r\u00e9sum\u00e9 de communication. Quelle place cette dimension prend-elle dans vos r\u00e9flexions\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">CD : Quand on parle d\u2019alimentation, je pense que c\u2019est tr\u00e8s difficile de ne pas r\u00e9fl\u00e9chir au genre en m\u00eame temps. Dans l\u2019iconographie, par exemple, quand on voit quelqu\u2019un pousser un panier d\u2019\u00e9picerie, c\u2019est une femme, m\u00eame si dans le texte, on parlera de consommateur, en utilisant toujours le masculin. Quand, par exemple, dans le discours contre-publicitaire, on pr\u00e9sente l\u2019image du consommateur cr\u00e9dule, du consommateur \u00e0 la merci des grandes entreprises, souvent, on va utiliser des exemples de produits qui sont tr\u00e8s fr\u00e9quemment achet\u00e9s par des femmes. On va toujours critiquer les publicit\u00e9s de produits de beaut\u00e9, par exemple, dans le journal <i>Prot\u00e9gez-vous<\/i>. Les publicit\u00e9s pour les polices d\u2019assurance ou les automobiles sont moins souvent utilis\u00e9es comme exemples.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Pouvez-vous nous parler davantage des \u00e9tudes sur l\u2019alimentation ou \u00ab\u00a0food studies\u00a0\u00bb comme champ de recherche en histoire\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">CD : On peut le d\u00e9finir comme un champ de recherche pluridisciplinaire, dans lequel l\u2019histoire occupe une place assez importante, mais o\u00f9 beaucoup de chercheurs proviennent de l\u2019anthropologie, de la sociologie, des \u00e9tudes litt\u00e9raires, des \u00e9tudes culturelles\u2026 L\u2019anthropologie comme discipline s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e aux mani\u00e8res dont se nourrissent les \u00eatres humains. Depuis que les anthropologues savent qu\u2019ils sont des anthropologues, ils font des \u00e9tudes sur l\u2019alimentation. C\u2019est seulement qu\u2019ils n\u2019ont pas n\u00e9cessairement hiss\u00e9 un drapeau pour dire\u00a0: \u00ab\u00a0On fait des \u00e9tudes sur l\u2019alimentation\u00a0\u00bb. Puisque l\u2019alimentation fait partie du fait humain et qu\u2019elle est au c\u0153ur de tellement d\u2019aspects de l\u2019organisation sociale, les anthropologues ont \u00e9t\u00e9 importants dans l\u2019\u00e9laboration des bases th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques des \u00ab\u00a0food studies\u00a0\u00bb. Depuis les ann\u00e9es\u00a01970, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019alimentation s\u2019est vraiment diversifi\u00e9, aupr\u00e8s de gens de toutes sortes de disciplines des sciences humaines, mais aussi des personnes en sciences politiques qui \u00e9tudient l\u2019alimentation \u00e0 des niveaux qui vont du local au global. Je trouve qu\u2019aux \u00c9tats-Unis, par exemple, il y a beaucoup de travaux qui portent un regard critique sur les conseils sur l\u2019alimentation. Je pense par exemple \u00e0 une chercheure am\u00e9ricaine qui s\u2019appelle <a href=\"http:\/\/www.charlottebiltekoff.com\/\"><span class=\"s2\">Charlotte Biltekoff<\/span><\/a>, qui a publi\u00e9 l\u2019ouvrage <a href=\"https:\/\/fr.scribd.com\/document\/166024327\/Eating-Right-in-America-by-Charlotte-Biltekoff\"><span class=\"s2\"><i>Eating Right in America<\/i><\/span><\/a> qui \u00e9tablit des liens entre la politique am\u00e9ricaine et les discours sur la saine alimentation, par exemple dans les campagnes contre l\u2019ob\u00e9sit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il y a tous ces discours qui entretiennent la honte, la culpabilit\u00e9 de ne pas avoir un corps qui entre dans un certain gabarit. Cela fait aussi partie de l\u2019image du citoyen, de la personne moderne. Si l\u2019on s\u2019inqui\u00e8te tant de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u2019ob\u00e9sit\u00e9 pour des raisons de sant\u00e9, c\u2019est entre autres parce que souvent, on va faire des calculs sur combien cela co\u00fbte au syst\u00e8me. Il y a une certaine rationalisation de la sant\u00e9 et de la maladie qui entre en ligne de compte dans cette lutte au surpoids et \u00e0 d\u2019autres maladies comme le diab\u00e8te, etc. Tous les pr\u00e9jug\u00e9s que la soci\u00e9t\u00e9 entretient envers les personnes dont le corps ne convient pas \u00e0 l\u2019id\u00e9al, c\u2019est aussi une mani\u00e8re de demander \u00e0 propos de ces gens-l\u00e0 qui ont une apparence diff\u00e9rente, qui ont des formes diff\u00e9rentes, si on peut vraiment leur faire confiance, si ce sont de bons travailleurs, s\u2019ils ne seraient pas un peu paresseux ? On entretient une esp\u00e8ce de suspicion, que je trouve assez malsaine. Il y a tout un mouvement qui essaie de contrer cela, diff\u00e9rents groupes de gens qui critiquent ce genre de perspectives.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Je suppose que vos recherches font aussi intervenir le concept de classes sociales\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">CD : Oui, tout \u00e0 fait. Les pratiques alimentaires diff\u00e8rent \u00e9norm\u00e9ment d\u2019une classe sociale \u00e0 l\u2019autre. Et les personnes qui ont la l\u00e9gitimit\u00e9 de donner des conseils les adressent \u00e0 des personnes d\u2019une classe sociale qui n\u2019est souvent pas la leur. Les m\u00e9decins se sentent bien plac\u00e9s pour dire aux gens sur l\u2019aide sociale quoi manger. Le contraire n\u2019est pas vrai. Il y a d\u00e9finitivement une direction dans ces courants d\u2019id\u00e9es qui est li\u00e9e de toutes sortes de mani\u00e8res aux classes sociales.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : \u00c0 quel point la notion de responsabilit\u00e9 individuelle est-elle importante dans ces discours\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">CD : Les gens qui vont donner des conseils sur l\u2019alimentation vont souvent dire que c\u2019est la responsabilit\u00e9 de chaque personne de faire des bons choix. Tous les choix seraient toujours possibles pour tout le monde. En essayant de convaincre les gens que tout n\u2019est qu\u2019une question de choix individuels, on essaie de minimiser l\u2019importance de la pauvret\u00e9, puis de faire de la solution au probl\u00e8me une question de d\u00e9cisions individuelles. La figure du consommateur moderne sert aussi \u00e0 faire cela. Dans les ann\u00e9es\u00a01970, quand on pr\u00e9sente aux gens un panier d\u2019\u00e9picerie id\u00e9al, \u00e0 la fois \u00e9conomique et sain, on leur dit\u00a0: \u00ab\u00a0maintenant vous avez l\u2019outil, vous n\u2019avez pas d\u2019excuse, faites de bons choix.\u00a0\u00bb On ne parle pas du salaire, des conditions mat\u00e9rielles d\u2019existence, du prix du logement qui vient gruger le budget pour l\u2019alimentation, etc. Il y a tous ces autres aspects que les syndicats, les groupes sociaux et communautaires, les militants vont souligner, en disant\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00eame si on a les outils, on est encore pauvres. Les outils ne nous donnent pas un meilleur statut \u00e9conomique.\u00a0\u00bb Les conseils sur l\u2019alimentation font aussi \u00e0 leur mani\u00e8re la promotion de l\u2019individualisme du citoyen, pour essayer de marginaliser les solutions plus collectives.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>MR : Voyez-vous un lien entre vos recherches sur l\u2019histoire de l\u2019alimentation et les \u00e9tudes en histoire du corps\u2009?<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">CD : Je trouve tr\u00e8s int\u00e9ressant, surtout dans l\u2019iconographie, de voir comment on repr\u00e9sente le corps dans la litt\u00e9rature sur l\u2019alimentation. Quand est-ce qu\u2019on montre quelqu\u2019un de gras ou quelqu\u2019un de mince, quand est-ce qu\u2019on montre un homme, une femme, comment d\u00e9finit-on la sant\u00e9\u2009? L\u2019histoire du corps m\u2019inspire beaucoup pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ces questions. Qu\u2019on pense \u00e0 la place des sens dans la litt\u00e9rature sur la cuisine. Quand on parle de l\u2019alimentation, on parle de quelque chose qui sollicite tous les sens, on voit les aliments, on les go\u00fbte, on les sent, on en appr\u00e9cie la texture au toucher\u2026 Mais il y a certaines exp\u00e9riences sensorielles qui sont plus importantes que d\u2019autres \u00e0 certaines \u00e9poques quand on parle d\u2019alimentation. \u00c9trangement, la place de l\u2019odorat n\u2019est pas souvent quelque chose qu\u2019on peut saisir. On ne parle pas souvent de l\u2019odeur des aliments, l\u2019odeur d\u2019un plat qui mijote, les odeurs qu\u2019on rencontre dans notre supermarch\u00e9\u2026 Je lisais un livre de cuisine \u00e9crit par des religieuses \u00e0 la fin du XIX<\/span><span class=\"s3\">e<\/span><span class=\"s1\"> si\u00e8cle qui donnait des conseils sur l\u2019achat de la viande et les fa\u00e7ons de savoir si elle est fra\u00eeche. On parlait de l\u2019odeur. En 1970, on met des dates et on emballe la viande dans de la pellicule plastique. L\u2019importance de l\u2019odorat, je pense que c\u2019est quelque chose qui a beaucoup chang\u00e9. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la vue est clairement importante dans la mani\u00e8re dont on appr\u00e9cie les aliments. On peut penser au ph\u00e9nom\u00e8ne des gens qui prennent les plats en photo, puis qui les exposent sur diff\u00e9rentes plateformes de m\u00e9dias sociaux, c\u2019est incroyable\u2009! L\u2019apparence des aliments est devenue tr\u00e8s importante. Je pense que la hi\u00e9rarchisation des sens dit quelque chose de la mani\u00e8re dont on con\u00e7oit le corps dans la modernit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">*Cette entrevue sera\u00a0<a href=\"http:\/\/histoireengagee.ca\/?p=5701\"><span class=\"s2\">publi\u00e9e simultan\u00e9ment sur le site d\u2019Histoire engag\u00e9e<\/span><\/a>\u00a0dans\u00a0<a href=\"http:\/\/histoireengagee.ca\/?page_id=5388\"><span class=\"s2\">une section d\u00e9di\u00e9e au colloque<\/span><\/a>.\u00a0<a href=\"http:\/\/histoireengagee.ca\/\"><span class=\"s2\">HistoireEngagee.ca<\/span><\/a>\u00a0est un site Internet soucieux de commenter l\u2019actualit\u00e9 dans une perspective historique. \u00c0 cet effet, il propose des blogues, de courts articles et du contenu multim\u00e9dia abordant des enjeux propres au Canada, au Qu\u00e9bec et \u00e0 la sc\u00e8ne internationale, inspir\u00e9s par une d\u00e9marche historienne rigoureuse dans un style accessible.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gr\u00e2ce \u00e0 son ouvrage r\u00e9cent, Nourrir la machine humaine (2015), Caroline Durand est reconnue comme la sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire politique de la construction des normes associ\u00e9es \u00e0 la bonne alimentation&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":2746,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[9,38],"tags":[33,37],"class_list":["post-2111","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-blogue","category-question-sociale-et-citoyennete","tag-martin-robert","tag-question-sociale-et-citoyennete"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2111","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2111"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2111\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2746"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2111"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2111"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2111"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}