{"id":11651,"date":"2024-01-24T11:06:45","date_gmt":"2024-01-24T15:06:45","guid":{"rendered":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/?p=11651"},"modified":"2024-01-24T16:39:32","modified_gmt":"2024-01-24T20:39:32","slug":"entretien-avec-brian-young","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrs.uqam.ca\/index.php\/2024\/01\/24\/entretien-avec-brian-young\/","title":{"rendered":"Entretien avec Brian Young"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Brian Young est historien, professeur \u00e9m\u00e9rite en histoire canadienne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 McGill, et l\u2019un des membres fondateurs du Groupe d\u2019histoire de Montr\u00e9al. Ses recherches sont concentr\u00e9es sur le Qu\u00e9bec du 19e si\u00e8cle dans une perspective d\u2019histoire culturelle, sociale et l\u00e9gale, et s\u2019int\u00e9ressent particuli\u00e8rement aux hi\u00e9rarchies de classe, de genre et d\u2019ethnicit\u00e9. Il a accord\u00e9 un entretien \u00e0 Cory Verbauwhede, membre \u00e9tudiant du CHRS.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Cory Verbauwhede (<\/strong><strong>CV) : Parlez-nous un peu de votre parcours comme historien.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Brian Young (BY) : <\/strong>Je suis \u00e0 la retraite depuis plus de quatorze ans d\u00e9j\u00e0. N\u00e9 au Manitoba et \u00e9duqu\u00e9 dans une banlieue torontoise et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toronto, je fais partie des historiens et historiennes anglophones qui ont fait du Qu\u00e9bec leur sujet, et qui ont \u00e9crit essentiellement en anglais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela peut sembler \u00e9trange pour un.e Qu\u00e9b\u00e9cois.e, mais c\u2019est Pierre Elliott Trudeau qui m\u2019a attir\u00e9 vers le Qu\u00e9bec! C\u2019est en effet lui qui m\u2019a fait r\u00e9aliser que je ne comprenais pas l\u2019histoire qu\u00e9b\u00e9coise, et \u00e0 quel point ma faiblesse en fran\u00e7ais \u00e9tait un handicap. \u00c9videmment, sa r\u00e9putation peu favorable au Qu\u00e9bec est en grande partie justifi\u00e9e par son implication dans la crise d\u2019octobre 1970, le r\u00e9f\u00e9rendum de 1980, et l\u2019\u00e9laboration de la constitution de 1982.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir compl\u00e9t\u00e9 mes \u00e9tudes de premier cycle \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toronto et ma ma\u00eetrise \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Queen\u2019s, j\u2019enseignais dans une \u00e9cole secondaire \u00e0 Ottawa, \u00e0 quelques pas du parlement, lorsque Trudeau est devenu le chef du Parti lib\u00e9ral en 1968 et, ult\u00e9rieurement, premier ministre. C\u2019est s\u00fbr qu\u2019il a paru, pour une certaine tranche sociale-d\u00e9mocratique ontarienne, comme un intellectuel dynamique et progressiste. Ses \u00e9tudes \u00e0 Harvard, \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politiques, \u00e0 la London School of Economics et en droit lui ont permis de jouer un r\u00f4le cl\u00e9 dans les luttes autour de la gr\u00e8ve de l\u2019amiante, des droits linguistiques et des droits de la personne. Encore aujourd\u2019hui, j\u2019associe son premier gouvernement avec la loi \u00ab&nbsp;omnibus&nbsp;\u00bb qui a modifi\u00e9 le Code criminel concernant l\u2019homosexualit\u00e9, l\u2019avortement et la contraception. Et en 1972, son programme de multiculturalisme a servi \u00e0 remettre en question \u00ab&nbsp;l\u2019anglo-saxonisme&nbsp;\u00bb de ma banlieue torontoise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par ailleurs, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par le fait que comme enseignant dans un quartier biculturel d\u2019Ottawa, je n\u2019\u00e9tais pas en mesure d\u2019interagir avec certains des parents, ne parlant pas leur langue. C\u2019est au m\u00eame moment que la Commission royale d\u2019enqu\u00eate sur le bilinguisme et le biculturalisme soulevait l\u2019enjeu de la place des Canadien.ne.s fran\u00e7ais.e.s au sein du Canada. Cela a \u00e9t\u00e9 une incitation d\u00e9terminante \u00e0 m\u2019int\u00e9resser au Qu\u00e9bec et \u00e0 apprendre le fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9\u00e7u par ma carri\u00e8re de prof au secondaire, j\u2019ai commenc\u00e9 un doctorat \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Queen\u2019s en 1968. Mon exp\u00e9rience \u00e0 Ottawa m\u2019a donc amen\u00e9 \u00e0 changer d\u2019orientation. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9, jusqu\u2019alors, un historien de la droite ontarienne des ann\u00e9es 1930; au doctorat, je me suis \u00ab recycl\u00e9 \u00bb en historien du Qu\u00e9bec du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ma th\u00e8se portait sur le r\u00f4le social et \u00e9conomique du chemin de fer sur la rive nord du Saint-Laurent, <em>The North Shore Railway.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon premier emploi comme universitaire a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Vermont. J\u2019y ai enseign\u00e9 de 1970 \u00e0 1976, une p\u00e9riode troubl\u00e9e aux \u00c9tats-Unis, en raison de la guerre au Vietnam. Tant les milieux acad\u00e9miques du Vermont que ceux de Montr\u00e9al \u00e9taient alors dans une \u00e9bullition marxiste-progressiste. Bernie Sanders \u00e9tait le maire de Burlington et sur le campus il y avait des manifestations contre la guerre. Ce genre d\u2019\u00e9v\u00e9nements, l&rsquo;influence d\u2019excellents coll\u00e8gues en Nouvelle-Angleterre, ainsi que la lecture d\u2019intellectuels comme Marx et Gramsci, m\u2019ont \u00e9loign\u00e9 encore plus du moule conservateur et m\u00e9thodiste de mes origines ontariennes et manitobaines. Si je devais citer un historien et une \u0153uvre qui pendant cette p\u00e9riode ont d\u00e9fini ma vision du m\u00e9tier d\u2019historien, je citerais Edward Thompson et son <em>William Morris: Romantic to Revolutionary<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al et au d\u00e9partement d\u2019histoire de McGill en 1976. Mon premier semestre d\u2019enseignement a co\u00efncid\u00e9 avec la prise de pouvoir du Parti qu\u00e9b\u00e9cois de Ren\u00e9 L\u00e9vesque. J\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de sa victoire dans l\u2019ar\u00e9na Maurice-Richard. C\u2019\u00e9tait passionnant d\u2019\u00eatre \u00e0 Montr\u00e9al pendant ces ann\u00e9es-l\u00e0! C\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode forte de la social-d\u00e9mocratie, d\u2019un mouvement nationaliste et progressiste, et de la deuxi\u00e8me vague du f\u00e9minisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au cours des ann\u00e9es, j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 une identit\u00e9 profond\u00e9ment enracin\u00e9e de Montr\u00e9alais et, professionnellement, celle d\u2019un historien se concentrant de plus en plus sur l\u2019histoire de Montr\u00e9al. Mes liens avec le reste du Canada se sont distendus. J\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019aise dans mon identit\u00e9 d\u2019Anglo-Montr\u00e9alais.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>CV :<\/strong> <strong>Vous \u00eates l\u2019un des fondateurs du Groupe d\u2019histoire de Montr\u00e9al. Pourriez-vous nous en dire quelques mots?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>BY : <\/strong>Le Groupe de recherche sur l\u2019histoire des milieux d\u2019affaires de Montr\u00e9al <em>(the Montreal Business History Group) <\/em>a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 \u00e0 McGill en 1976 par Richard Rice, Robert Sweeny et moi-m\u00eame. Sweeny, qui a fait sa ma\u00eetrise avec Alfred Dubuc \u00e0 l\u2019UQAM et son doctorat avec Rice \u00e0 McGill, a jou\u00e9 un r\u00f4le central dans le d\u00e9veloppement de notre m\u00e9thodologie, de notre approche p\u00e9dagogique et de nos choix de documents de recherche, surtout les archives notariales. Dans ces ann\u00e9es de chauds d\u00e9bats autour de la question nationale, de la loi 101 et du r\u00e9f\u00e9rendum de 1980, le Groupe, bas\u00e9 dans une universit\u00e9 anglophone, a insist\u00e9 sur la place centrale du fran\u00e7ais comme langue de travail et comme langue nationale du Qu\u00e9bec.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es, notre probl\u00e9matique \u00e9tait centr\u00e9e sur la transition de Montr\u00e9al, tout au long du 19e si\u00e8cle, d\u2019une \u00e9conomie pr\u00e9industrielle \u00e0 une \u00e9conomie capitaliste. Fortement influenc\u00e9s par le mouvement britannique du <em>History Workshop <\/em>dans notre organisation comme collectif, dans notre programme de recherche et dans notre approche p\u00e9dagogique, nous nous posions diverses questions : Quelle \u00e9tait notre place en tant que collectif socialiste au sein d\u2019une universit\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale? Comment assurer l\u2019\u00e9galit\u00e9 de nos membres \u00e9tudiant.e.s et professeur.e.s? Devions-nous assumer la publication de nos travaux \u00e0 l\u2019interne ou nous adresser \u00e0 des \u00e9diteurs professionnels? En tant qu\u2019universitaires, quels devaient \u00eatre nos liens avec les groupes populaires?&nbsp; Devions-nous avoir une probl\u00e9matique commune?&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La composition du groupe et nos approches m\u00e9thodologiques \u00e9taient en constante \u00e9volution. En 1989, le collectif s\u2019est restructur\u00e9 comme Groupe d\u2019histoire de Montr\u00e9al\/<em>Montreal History Group<\/em> et les engagements f\u00e9ministes ont pris place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nos autres principes, soit le socialisme et le travail collectif. Nous nous sommes de plus en plus int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 d&rsquo;autres sources que les archives notariales, comme les archives judiciaires et culturelles. \u00c0 mon grand contentement, nous n\u2019avons jamais cr\u00e9\u00e9 de centre avec une structure rigide. L\u2019administration de McGill n\u2019a accord\u00e9 que peu d\u2019importance \u00e0 nos activit\u00e9s. En m\u00eame temps, le GHM \u00e9tait bien plac\u00e9 pour obtenir des subventions d\u2019\u00e9quipe, notamment celles du\u00a0\u00ab\u00a0FCAR\u00a0\u00bb (devenu le Fonds de recherche du Qu\u00e9bec \u2013 Soci\u00e9t\u00e9 et culture). Cependant, l\u2019importance que nous donnions \u00e0 la recherche collective \u00e9tait souvent mal not\u00e9e par les organismes subventionnaires f\u00e9d\u00e9raux, qui privil\u00e9giaient les approches individuelles.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>CV : On sent un changement de m\u00e9thodologie, vers une histoire plus culturelle, qui correspond plus ou moins avec le changement de nom du GHM.<\/strong><br><br><strong>BY :<\/strong> Apr\u00e8s la publication de ma th\u00e8se, je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la forme biographique&nbsp;: j\u2019ai entrepris une \u00e9tude sur George-\u00c9tienne Cartier en tant que politicien montr\u00e9alais proche des int\u00e9r\u00eats des propri\u00e9taires. \u00c0 la suite de la publication de <em>George-\u00c9tienne Cartier: Montreal Bourgeois<\/em> en 1981, mes travaux peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s de structurels et d\u00e9terministes. Ils montraient l\u2019influence de Marx sur ma compr\u00e9hension de la classe, des cycles capitalistes et de l\u2019ali\u00e9nation, et celle de Foucault sur ma vision des institutions et de la p\u00e9riodisation. Cette historiographie a fortement marqu\u00e9 <em>In its Corporate Capacity: The Seminary of Montreal as a Business Institution <\/em>(1986) et <em>The Politics of Codification: The Lower Canadian Civil Code of 1866<\/em> (1994).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les ann\u00e9es 1990 ont \u00e9t\u00e9 un tournant. Elles ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es pour moi par des nouvelles perspectives sur les questions de genre, de la famille, et sur l\u2019histoire l\u00e9gale et culturelle. \u00c0 cet effet, le livre <em>Family Fortunes<\/em> de Leonore Davidoff et Catherine Hall, qui traite de l\u2019histoire de la famille Cadbury en Angleterre, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un mod\u00e8le de l\u2019\u00e9tude de la bourgeoisie. Je pense \u00e9galement \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Robert Morris, mon cher ami de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9dimbourg, dont les travaux sur la classe, les associations et l\u2019urbanisation m\u2019ont beaucoup influenc\u00e9. Le GHM, avec son aire ouverte, ses lunchs et ses Jeudis d\u2019histoire, a toujours nourri mes r\u00e9flexions sur l\u2019historiographie, les sources et la m\u00e9thodologie. Dans les ann\u00e9es 1980 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, des f\u00e9ministes comme Bettina Bradbury, Denyse Baillargeon, Andr\u00e9e L\u00e9vesque, Suzanne Morton et d\u2019autres se sont jointes au Groupe. \u00c0 cette \u00e9poque, mon amiti\u00e9 avec Jean-Marie Fecteau a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cieuse : nos int\u00e9r\u00eats de recherche et d\u2019historiographie se rejoignaient. Par ailleurs, les travaux de Bettina Bradbury sur les veuves, le droit et la culture ont beaucoup enrichi ma r\u00e9flexion.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>CV : Pourriez-vous nous pr\u00e9senter quelques-unes de vos recherches dans cette veine?<\/strong><br><br><strong>BY : <\/strong>Je vais vous parler de trois livres qui vous donneront une bonne id\u00e9e de la teneur de mes recherches pendant ces ann\u00e9es : <em>Le McCord. L\u2019histoire d\u2019un mus\u00e9e universitaire (1921-1996)<\/em>, <em>Une mort tr\u00e8s digne. L\u2019histoire du cimeti\u00e8re Mont-Royal<\/em> et <em>Br\u00e8ve histoire socio-\u00e9conomique du Qu\u00e9bec<\/em>, un manuel d\u2019histoire destin\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves anglophones de quatri\u00e8me ann\u00e9e du secondaire au Qu\u00e9bec<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>The Making and Unmaking of a University Museum. The McCord, 1921-1996<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"407\" height=\"636\" src=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/lemccord.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11652\" style=\"width:294px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/lemccord.jpg 407w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/lemccord-192x300.jpg 192w\" sizes=\"auto, (max-width: 407px) 100vw, 407px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon implication au Mus\u00e9e McCord a, dans les ann\u00e9es 1990, marqu\u00e9 un tournant pour moi en tant qu\u2019historien. Pour un historien travaillant sur Montr\u00e9al, ses collections sont des joyaux. Ma recherche dans les superbes archives du mus\u00e9e et ma participation au conseil d\u2019administration m\u2019ont permis de voir le mus\u00e9e comme un t\u00e9moin vital et essentiel de la culture mat\u00e9rielle de Montr\u00e9al. J\u2019ai pu, entre autres, mesurer le r\u00f4le central du conservateur dans un mus\u00e9e. Dans mon enseignement, j\u2019ai utilis\u00e9 les archives et la biblioth\u00e8que du mus\u00e9e pour y tenir des s\u00e9minaires. Plusieurs excellentes th\u00e8ses en ont d\u00e9coul\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis, un nouveau directeur sans v\u00e9ritable formation en histoire est arriv\u00e9 au mus\u00e9e, et a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des coupes budg\u00e9taires en \u00e9liminant des postes d\u2019archivistes et de conservateurs. Les&nbsp;luttes politiques pour pr\u00e9server l\u2019essence du mus\u00e9e au sein de l\u2019universit\u00e9 (qui est propri\u00e9taire de ses collections) et au sein de la communaut\u00e9 universitaire, n\u2019ont malheureusement pas abouti. Que faire? Malgr\u00e9 ma r\u00e9ticence par rapport \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9go-histoire&nbsp;\u00bb rendue c\u00e9l\u00e8bre par Pierre Nora et \u00e0 la d\u00e9marche de l\u2019historien faisant sa propre psychanalyse, j\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 <em>Le McCord: L\u2019histoire d\u2019un mus\u00e9e universitaire (1921-1996), <\/em>un livre qui traite \u00e0 la fois de l\u2019histoire&nbsp;de l\u2019institution et de mon propre parcours en son sein. C\u2019\u00e9tait ma fa\u00e7on de comprendre le processus historique dans lequel je m\u2019inscrivais, l\u2019histoire des collections, et les interactions entre mus\u00e9e, \u00c9tat et universit\u00e9. Le livre a connu un certain succ\u00e8s, surtout dans le milieu des jeunes mus\u00e9ologues.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Respectable Burial: Montreal\u2019s Mount Royal Cemetery<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"413\" src=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/morttresdigne.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11659\" style=\"width:442px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/morttresdigne.jpg 500w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/morttresdigne-300x248.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lors de la r\u00e9daction de <em>Diverse Pasts: A History of Quebec and Canada<\/em>, un manuel scolaire cor\u00e9dig\u00e9 avec John Dickinson, on a d\u00fb&nbsp;concevoir une s\u00e9rie d\u2019exercices pour les \u00e9tudiantes et les \u00e9tudiants, parmi lesquels figurait la recherche dans leur cimeti\u00e8re local de tombes de militaires, de premiers ministres et autres. Cette d\u00e9marche a attir\u00e9 l\u2019attention des dirigeants du cimeti\u00e8re Mont-Royal qui m&rsquo;ont demand\u00e9 de r\u00e9diger l\u2019histoire du cimeti\u00e8re, parue sous le titre <em>Une mort tr\u00e8s digne. L\u2019histoire du cimeti\u00e8re Mont-Royal<\/em>. C\u2019\u00e9tait une autre occasion de lier le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent et de m\u2019impliquer en tant qu\u2019historien dans une institution sociale&nbsp;: le cimeti\u00e8re protestant. Le cimeti\u00e8re, une corporation priv\u00e9e \u00e0 but non lucratif, \u00e9tait g\u00e9r\u00e9 par un conseil d\u2019administration dont les membres repr\u00e9sentaient les principales \u00e9glises protestantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par-del\u00e0 une description de l&rsquo;institution, le livre abordait le \u00ab&nbsp;sens&nbsp;\u00bb de la mort protestante, sa relation au romantisme, l\u2019introduction de nouvelles technologies telles que la cr\u00e9mation, les questions de sant\u00e9 publique, d\u2019horticulture, etc. Tous ces th\u00e8mes soul\u00e8vent des questions importantes sur l\u2019utilisation de l\u2019espace public dans une ville&nbsp;: le cimeti\u00e8re est \u00e0 la fois un site c\u00e9r\u00e9moniel, accueillant les rites fun\u00e9raires, mais c\u2019est aussi un lieu naturel pour des activit\u00e9s de loisir. Avec un budget consid\u00e9rable et un acc\u00e8s illimit\u00e9 aux archives du cimeti\u00e8re, <em>Une mort tr\u00e8s digne <\/em>m\u2019a donn\u00e9 la chance d\u2019\u00e9crire un \u00ab&nbsp;beau livre&nbsp;\u00bb bien illustr\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, j\u2019ai eu l\u2019occasion de collaborer avec le photographe Geoffrey James. Enfin, j\u2019ai pu utiliser le cimeti\u00e8re et ses archives comme site d\u2019enseignement pour mon s\u00e9minaire sur l\u2019histoire de Montr\u00e9al.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>A Short History of Quebec<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"328\" height=\"550\" src=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/brevehistoire.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11658\" style=\"width:293px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/brevehistoire.jpg 328w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/brevehistoire-179x300.jpg 179w\" sizes=\"auto, (max-width: 328px) 100vw, 328px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La collaboration avec John Dickinson sur <em>Br\u00e8ve histoire socio-\u00e9conomique du Qu\u00e9bec<\/em> a \u00e9merg\u00e9 de notre travail sur <em>Diverse Pasts<\/em>, mentionn\u00e9 plus t\u00f4t. En 1981, le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation a \u00e9tabli un programme d\u2019\u00e9tudes qui nous a conduits \u00e0 r\u00e9diger ce manuel. Une fois le manuel termin\u00e9,&nbsp;nous nous sommes rendu compte que nous avions en r\u00e9alit\u00e9 la base pour \u00e9crire une histoire du Qu\u00e9bec pour le grand public. Nous avons donc d\u00e9cid\u00e9 de le retravailler dans ce sens. <em>A Short History of Quebec<\/em> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1988 et a connu un succ\u00e8s surprenant. Il a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 par Denis Vaugeois \u2013 c\u2019est ainsi que nous nous sommes connus \u2013 qui l\u2019a fait traduire en fran\u00e7ais et publier chez Septentrion, sous le titre de <em>Br\u00e8ve histoire socio-\u00e9conomique du Qu\u00e9bec<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9daction d\u2019un livre de vulgarisation \u00e9tait un d\u00e9fi pour John et moi. John est un sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire de la Nouvelle-France et moi, du 19e si\u00e8cle. Pour ce qui est du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle au Qu\u00e9bec, qui nous \u00e9tait moins familier, nous avons eu beaucoup de plaisir, John et moi, \u00e0 saisir l\u2019\u00e9poque \u00e0 travers nos lectures, nos discussions et nos exp\u00e9riences personnelles. On a donn\u00e9 beaucoup de place \u00e0 l\u2019histoire des femmes, \u00e0 l\u2019immigration, au travail et \u00e0 l\u2019\u00e9volution du capitalisme.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un aspect important de ce travail a \u00e9t\u00e9 notre r\u00e9flexion sur la p\u00e9riodisation. Nous avons choisi de nous \u00e9loigner de l\u2019histoire politique et, donc, de la Conqu\u00eate et de la Conf\u00e9d\u00e9ration, qui sont les points de d\u00e9part habituels de la plupart des cours d\u2019histoire canadienne. Nous avons choisi de diviser l\u2019histoire du Qu\u00e9bec en p\u00e9riodes d\u2019histoire \u00e9conomique et sociale, comme la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9industrielle, la transition vers le capitalisme industriel, et la modernit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>CV : Diriez-vous que le progressisme de l\u2019Ouest canadien s\u2019inscrit dans votre parcours?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>BY :<\/strong> Oui. Avec le temps, je me rends compte que le progressisme de l\u2019Ouest canadien a jou\u00e9 un r\u00f4le de base dans ma vie intellectuelle. Mes parents ont&nbsp;d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Toronto lorsque j\u2019\u00e9tais enfant. J\u2019ai grandi en banlieue de Toronto, mais mes parents, dans leur culture et leur vision du monde, restaient des m\u00e9thodistes dans la tradition de Winnipeg. M\u00eame s\u2019ils ne faisaient pas partie du mouvement, on parlait beaucoup de la Cooperative Commonwealth Federation (CCF) et des personnalit\u00e9s politiques et religieuses de l\u2019Ouest telles que James Woodsworth et Tommy Douglas. Ma premi\u00e8re prise de conscience politique&nbsp;s\u2019est faite quand j\u2019\u00e9tais \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toronto au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, en travaillant avec la CCF, qui est devenue en 1961 le Nouveau Parti d\u00e9mocratique (NPD). Cette tradition de socialisme de l\u2019Ouest canadien a pr\u00e9par\u00e9 le terrain pour ma propre critique du capitalisme. Avec mon arriv\u00e9e \u00e0 McGill et mon ancrage dans la r\u00e9alit\u00e9 sociale de Montr\u00e9al, ma perspective est devenue plus marxiste et plus europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La plupart des historiens et des historiennes de mon entourage se sont tourn\u00e9s vers l\u2019histoire de&nbsp;la classe ouvri\u00e8re. Pour ma part, j\u2019\u00e9tais r\u00e9ellement int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9. Cela m\u2019a conduit \u00e0&nbsp;m\u2019int\u00e9resser \u00e0 la bourgeoisie, \u00e0 Gramsci et \u00e0 sa notion d\u2019h\u00e9g\u00e9monie. \u00c0 vrai dire, cet int\u00e9r\u00eat pour la bourgeoisie donne un fil conducteur \u00e0 mes recherches, partant de la biographie de Cartier, touchant aux \u00e9tudes institutionnelles comme celles du S\u00e9minaire de Montr\u00e9al et du mus\u00e9e McCord, et d\u00e9bouchant sur mes plus r\u00e9cents travaux sur les familles des \u00e9lites.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur ce dernier point, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 grandement influenc\u00e9 par mes coll\u00e8gues du GHM, qui m\u2019ont permis d\u2019\u00e9largir mon approche de l\u2019histoire familiale, culturelle et sociale. J\u2019ai essay\u00e9 de rassembler tous ces \u00e9l\u00e9ments dans <em>Patrician Families and the Making of Quebec,<\/em> une histoire comparative de deux familles d\u2019\u00e9lite, les McCord et les Taschereau. Dans cette \u00e9tude de deux familles \u00e0 travers quatre g\u00e9n\u00e9rations, j\u2019ai pu, en m\u00eame temps, explorer et aborder les institutions, la culture mat\u00e9rielle, le genre et les syst\u00e8mes de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"599\" src=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/patricianfamilies.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11656\" style=\"width:319px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/patricianfamilies.jpg 400w, https:\/\/chrs.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/patricianfamilies-200x300.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis rest\u00e9 fascin\u00e9 par le droit et ses ramifications dans les rapports sociaux apr\u00e8s la r\u00e9daction de mon livre <em>The Politics of Codification<\/em>. Vu l\u2019importance du sujet, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de ne pas en traiter dans mon <em>Patrician Families<\/em> (2014) pour l\u2019aborder s\u00e9par\u00e9ment. Mon sujet actuel porte sur les Taschereau qui, avec trois membres ayant si\u00e9g\u00e9 \u00e0 la Cour supr\u00eame du Canada, dont deux comme juges en chef, est la plus importante famille de juristes au pays. Dans cette \u00e9tude, je prends le droit dans son sens le plus large. Le droit canon, par exemple, m\u2019int\u00e9resse pour comprendre l\u2019histoire du mariage, de la famille, et du travail au Qu\u00e9bec. Comme jeune pr\u00eatre, Elz\u00e9ar-Alexandre Taschereau a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e0 Rome pour y faire un doctorat en droit canon. Devenu archev\u00eaque, sa carri\u00e8re illustre bien le croisement de l\u2019histoire eccl\u00e9siastique et industrielle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pressions li\u00e9es aux contradictions de travailler au sein d\u2019une universit\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale, o\u00f9 il y a souvent des compromis \u00e0 faire, peuvent parfois susciter des situations complexes. C\u2019est s\u00fbr que le marxisme et la social-d\u00e9mocratie, forces importantes dans les ann\u00e9es 70 et 80, ont perdu beaucoup de terrain au sein d\u2019une universit\u00e9 comme McGill bas\u00e9e sur la m\u00e9ritocratie. N\u00e9anmoins, l\u2019historiographie du Qu\u00e9bec a \u00e9t\u00e9 grandement enrichie par la recherche sur les racines profondes de la race, de la classe, du patriarcat, et de l\u2019oppression sexuelle dans notre soci\u00e9t\u00e9. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de la recherche men\u00e9e au sein de groupes progressistes comme le Groupe d\u2019histoire de Montr\u00e9al et le Centre d\u2019histoire des r\u00e9gulations sociales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>CV : Comment vivez-vous le fait d\u2019\u00eatre un historien du Qu\u00e9bec anglophone?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>BY : <\/strong>La position d\u2019un historien anglophone travaillant sur le Qu\u00e9bec est quelque peu ambivalente. Comme historien anglophone, on m\u2019a est souvent consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab&nbsp;porte-parole&nbsp;\u00bb de la minorit\u00e9 anglophone, une communaut\u00e9 pourtant tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et diverse \u00e0 travers l\u2019espace qu\u00e9b\u00e9cois.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela dit, bien qu\u2019\u00e9crivant en anglais et ayant enseign\u00e9 dans la plus importante universit\u00e9 anglophone au Qu\u00e9bec, j\u2019ai toujours eu le soutien de la communaut\u00e9 historienne qu\u00e9b\u00e9coise. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 re\u00e7u avec enthousiasme dans toutes les activit\u00e9s de l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Am\u00e9rique fran\u00e7aise et du Centre interuniversitaire d\u2019\u00e9tudes qu\u00e9b\u00e9coises. Citons, par exemple, ma participation au Groupe de travail sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire en 1996. Le rapport de la commission, dont le pr\u00e9sident \u00e9tait Jacques Lacoursi\u00e8re, s\u2019est assur\u00e9 de refl\u00e9ter les diverses approches de l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Qu\u00e9bec. Plus tard, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 honor\u00e9 de faire partie du conseil d\u2019administration du FRQSC o\u00f9 j\u2019ai pu \u00eatre t\u00e9moin de l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 l\u2019excellence et \u00e0 la pertinence sociale des projets de recherche, quelle que soit l\u2019origine ou la langue de la personne candidate. En 2003, j\u2019ai re\u00e7u le prix G\u00e9rard-Parizeau pour mon travail comme historien du Qu\u00e9bec.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 tout, \u00e0 un moment donn\u00e9, ma position face au nationalisme et \u00e0 son impact sur la vision d\u2019un Qu\u00e9bec progressiste, social-d\u00e9mocrate et \u00e9galitaire s\u2019est fractur\u00e9e. \u00c9videmment, le r\u00e9f\u00e9rendum de 1995 en a \u00e9t\u00e9 la cause la plus flagrante; il a contribu\u00e9 \u00e0 mon sentiment d\u2019ali\u00e9nation en tant qu\u2019Anglo-Montr\u00e9alais. Sans pour autant avoir \u00e9t\u00e9 pro-Canada, la forme qu\u2019avait pris le nationalisme a \u00e9rod\u00e9 mon sentiment d\u2019appartenance. Depuis ce moment, je suis tranquillement devenu un Anglo-Montr\u00e9alais silencieux, \u00e0 l\u2019aise dans ma ville mais r\u00e9ticent \u00e0 m\u2019impliquer dans des d\u00e9bats sur, par exemple, l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sans crise r\u00e9elle et suivant tranquillement le cours des \u00e9v\u00e9nements, les choses ont \u00e9volu\u00e9 pour moi. Apr\u00e8s des ann\u00e9es pass\u00e9es au sein du conseil d\u2019administration de l\u2019IHAF, j\u2019ai joint le conseil d\u2019administration de Canada\u2019s History Society en 2006. C\u2019est l\u2019ann\u00e9e, malgr\u00e9 mes r\u00e9ticences ant\u00e9rieures, o\u00f9 je suis devenu membre de la Soci\u00e9t\u00e9 royale du Canada. Et finalement, j\u2019ai pass\u00e9 de plus en plus de temps en France \u2013 \u00e0 l\u2019aise avec l\u2019indiff\u00e9rence des Fran\u00e7ais.es \u00e0 mon accent, mes origines et mon m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Cory Verbauwhede est \u00e9tudiant au doctorat \u00e0 l\u2019UQAM.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Brian Young est historien, professeur \u00e9m\u00e9rite en histoire canadienne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 McGill, et l\u2019un des membres fondateurs du Groupe d\u2019histoire de Montr\u00e9al. 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