Contributions de nos membres à la revue The Canadian Historical Review

Dans le plus récent numéro de la revue The Canadian Historical Review, nos membres réguliers, Martin Petitclerc, Yvan Rousseau et François Guérard cosignent l’article « Faire chambre à part. Patients indigents et payants dans les hôpitaux généraux de Montréal en 1911 ».

Résumé : Cet article propose une réévaluation de la transition de l’hôpital charitable pour les pauvres à l’hôpital marchand pour les patients payants à partir de l’analyse des caractéristiques sociodémographiques des patients de trois hôpitaux généraux de Montréal en 1911. Analysant cette transition, l’historiographie a bien insisté sur les rôles respectifs des médecins, de l’Église et de l’État, de même que sur le recours croissant à la commercialisation des services hospitaliers afin d’augmenter les revenus des institutions. Elle a cependant accordé moins d’attention à la demande sociale pour des soins hospitaliers gratuits et à son impact sur la transformation des hôpitaux. Afin d’éclairer cet aspect, nous avons compilé des informations de quelque 10 000 patients contenues dans les registres d’admission de l’Hôtel-Dieu de Montréal, de l’Hôpital Notre-Dame et de l’Hôpital Royal Victoria en 1911. Ces données inédites rendent compte de la composition sociodémographique des patients selon leur lieu de résidence, leur ethnicité, leur âge, leur sexe, leur occupation et, enfin, leur répartition selon qu’ils ont payé ou non pour leur hospitalisation. Elles nous permettent ainsi de discerner ce moment particulier de la transition des hôpitaux montréalais durant lequel les patients indigents et payants faisaient chambre à part dans les établissements. Elles procurent enfin un éclairage nouveau sur la situation paradoxale des administrations hospitalières qui, pour s’engager plus résolument dans la voie de la commercialisation des services, ont dû revendiquer des subventions publiques pour se libérer du poids des dépenses associées à la demande croissante pour des soins gratuits.

Martin Robert, chercheur affilié à l’équipe du CHRS, y publie pour sa part l’article « L’émeute des fémurs : contestations étudiantes, dissections humaines et professionnalisation de la médecine au Québec ».

Résumé : Les enlèvements de cadavres par des étudiants en médecine font partie des hivers québécois depuis plus de cinquante ans lorsqu’aux mois de janvier et février 1883, les journaux en relèvent au moins quinze dans la région de Montréal. L’un d’entre eux conduit à l’arrestation et au procès de l’étudiant Joseph Fontaine. Venus le soutenir à la cour de police, des confrères étudiants des écoles médicales montréalaises y confrontent les agents qui tentent de les expulser de la salle d’audience. Dans la foulée de cette manifestation, le milieu médical québécois réclame une réforme législative, afin de s’assurer que les établissements publics respectent les dispositions de la loi québécoise d’anatomie concernant le transfert aux écoles de médecine des corps non réclamés. Cet article montre comment cette loi réformée de 1883 marque un tournant, à partir duquel la dissection de corps non réclamés s’installe durablement dans la formation des étudiants en médecine au Québec. Il souligne que son adoption est indissociable des enlèvements de cadavres par des étudiants en médecine et qu’en mettant un terme à cette pratique, elle contribue à instaurer une vision plus policée du professionnalisme médical à la fin du XIXe siècle.

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